Noisetier, des fleurs aux fruits

Jeunes chatons de noisetier

Petite histoire du noisetier (coudrier), des fleurs rouges aux noisettes:

 C’est le printemps, affirme le calendrier! Les premières fleurs pointent le bout de leurs pétales. Dans les jardins, hellébores, crocus et perce-neige nourrissent notre impatience de revenir à des temps plus doux et bruissants de parfums, de couleurs et de vie. En forêt, tout semble encore endormi. Et pourtant, là aussi, les premières fleurs sont là… Minuscules, presque invisibles. Mais bel et bien écloses!

 Approchez-vous des bosquets et observez: c’est la saison des fleurs de noisetier!

Fleur de noisetier à contrejour
Fleur de noisetier à contrejour

Botanique: Noisetier (fleur, chaton et noisette) | Corylus avallana

Le noisetier commun, autrefois nommé coudrier, est un petit arbre de la famille des corylacées savamment appelé Corylus avallana. Dans la famille Corylacée, on trouve également le charme et le charme-houblon. Elle regroupe des arbres qui produisent en fin d’hiver des chatons, et dont le fruit est un akène. (Remarque: selon la classification phylogénétique APG III 2009, la famille Corylaceae n’existe plus. Le noisetier est donc maintenant classé dans la famille Betuaceae, sous-famille Coryloïdeae. Je vous laisse choisir entre ces deux classifications.)

Fleurs mâles: chatons jaunes de noisetier en hiver

Floraison du Noisetier: fleurs mâles et femelles

 La floraison du noisetier a lieu entre le mois de janvier et le mois de mars (selon les régions et les variétés), alors que les feuilles sont encore réduites à l’état de bourgeons. Les rameaux de noisetier se parent de longs chatons jaune-vert qui dorent au fil de leur maturation. Ces chatons bien connus constituent les fleurs mâles de la plante.

Si les chatons se repèrent de très loin, les fleurs femelles sont beaucoup plus discrètes: elles se développent sur le même arbuste que les chatons, mais seulement sur certains rameaux. Elles se présentent sous la forme de minuscules étoiles pourpres qui éclosent à l’extrémité d’une sorte de bourgeon cotonneux.

 Fleurs femelles: de petites étoiles rouges

Pollinisation du noisetier: plante hermaphrodite, mais autostérile

Le noisetier présente donc des fleurs mâles et des fleurs femelles sur un même spécimen. Il est hermaphrodite, et pourtant, il est également autostérile: si vous souhaitez récolter des noisettes, il vous faudra planter plusieurs noisetiers au jardin. Présence de fleurs mâles et femelles sur le même arbrisseau, et autostérilité? Ce paradoxe m’a toujours interpellée. J’ai donc cherché l’explication: l’hermaphrodisme du noisetier est tout simplement un hermaphrodisme successif (ou séquentiel). Les fleurs mâles à maturité ne s’épanouissent pas tout à fait en même temps que les fleurs femelles. La plante ne peut donc par s’autofertiliser correctement. Dans le cas du noisetier, on parle de protandrie: ce sont les fleurs mâles qui apparaissent avant les fleurs femelles. (L’inverse – maturation femelle avant mâle- s’appelle la protogynie. Ces caractéristiques d’hermaphrodisme successif se retrouvent dans d’autres espèces aussi bien du règne végétal que du règne animal, comme le lombric, la limace… La nature est décidément fascinante de créativité!)

Et pour visualiser une vidéo sur la pollinisation des fleurs du noisetier, suivez le lien.

De l’hiver à l’automne, des chatons et fleurs aux noisettes…

 La noisette n’est pas le fruit du noisetier lui-même. C’est un akène, qui renferme une unique amande, et c’est cette amande, riche en sucre et en huile, qui constitue la graine/le fruit. (Ces fruits sont appelés «fruits à coque».)

 Et c’est en ce moment que tout se prépare, en particulier la prochaine récolte de noisettes. Dans quelques semaines, alors que les fruits commenceront à peine à se former, les premières feuilles de noisetier apparaîtront.  Tout au long de l’été, la noisette demeurera protégée dans une enveloppe tubulaire: l’involucre. Puis, l’involucre va s’assécher et s’ouvrir. La noisette, dont l’amande est encore emballée dans une coque blanche, va brunir et durcir, jusqu’à se détacher très facilement.

 Qui mange les noisettes? écureuil, charançon balanin ou humain?

 Si vous souhaitez produire vos propres noisettes, vous aurez peut-être à partager la récolte avec quelques autres amateurs:

Les écureuils en particulier, en sont très friands et favorisent la dissémination des graines en disséminant des réserves de noisettes, puis en oubliant les endroits où ils ont caché leur butin.

charancon-balanin-noisette
Charançon balanin (insecte coléoptère)

Votre noisetier risque également de subir l’arrivée de quelques pucerons, et plus embêtant: la présence du charançon balanin. Le balanin des noisettes (Curculio nucum) est un insecte charançon (coléoptère de la famille des curculionidae), pourvu de beaux yeux noirs (oui, j’aime bien les charançons 😉 ), et d’un long nez appelé rostre, pourvu de minuscules mandibules. C’est avec ce rostre que madame balanin transperce les noisettes tendres pour y déposer ses oeufs. Les larves du charançon des noisettes éclosent bien à l’abri dans la coque de la noisette véreuse, et s’en échappent par un petit trou visible à l’oeil nu lorsque la noisette mûre tombe au sol.

Pour en savoir plus sur le cycle de vie et le curieux mode de reproduction du balanin, suivez le lien.

Culture du noisetier:

 Et si décidez de vous fournir en noisettes dans l’épicerie de votre quartier, il y a de grandes chances que ces noisettes soient importées de Turquie, qui est le premier producteur et importateur mondial de noisettes. Pourtant, la culture de noisettes est plutôt facile: l’arbuste est rustique et présent un peu partout sauf sur le littoral méditerranéen. Il apprécie les lisières de forêts, si possible ensoleillées (les noisetiers ou branches au soleil sont bien plus productives en noisettes.) Il s’installe également facilement en haie naturelle, en pleine nature comme au jardin. Il existe de nombreuses variétés de noisetier ornemental, dont certaines ont un feuillage très coloré (noisetier pourpre). A noter l’existence d’une variété de noisetier tortueux, très décoratif même en hiver. (Voir d’autres arbres tortueux: les hêtres tortueux de la forêt de Verzy)

J’ai trouvé une utilisation un peu radicale au noisetier qui s’est semé tout seul au fond du jardin, au pied du tas de compost. Tous les 3 ans environs, je procède à un recépage complet: je coupe toutes les branches à quelques centimètres du niveau du sol. Il repousse rapidement en bouquet de branches très peu ramifiées. Les branches bien droites issues de cette taille me servent à créer des palissages et tuteurs naturels au potager (tuteurs à tomate, espaliers à concombres…). Pour l’instant, mon noisetier a connu 2 recépages. Il ne semble pas me tenir rigueur de cette taille, et se porte par ailleurs comme un charme.

 La noisette: propriétés diététiques et médicinales

La noisette est un fruit oléagineux. Jadis, on pensait qu’elle guérissait la toux. L’huile de noisette est très riche en oméga 3. Elle fait partie des huiles qui aident à lutter contre le mauvais cholestérol. Elle participerait également à la lutte contre le vieillissement cellulaire et contre les rhumatismes. Sans oublier que le magnésium et le phosphore qu’elle contient sont anti-stress et bons pour la mémoire.

 Les feuilles de noisetier quant à elles se récoltent à maturité, en juin. Séchées eu utilisées en décoction, elles aideraient à soigner les ulcères, les hémorroïdes, les varices, grâce à leurs propriétés vasoconstrictrices et astringentes.

Ces informations sont délivrées à titre de simple anecdote. En aucun cas elles ne doivent faire l’objet de justification à une automédication.  

 D’autres utilisations du noisetier?

  • J’ai appris en recherchant de la documentation pour écrire cet article que les racines du noisetier vivaient en symbiose avec l’un des champignons les plus réputés: j’ai nommé la truffe!
  • Le bois de noisetier présente des caractéristiques mécaniques intéressantes. Flexible et résistant, il a servi jadis en vannerie et en tonnellerie, mais aussi pour la fabrication de manches d’outils agricoles, de cannes, de fourches… D’ailleurs, je me souviens qu’enfants, c’était toujours à partir d’une belle branche de noisetier bien droite et fine que nous fabriquions nos arcs. Pas vous?
  • Ses racines étaient utilisées en marqueterie.
  • L’écorce du noisetier se détache très facilement: Encore un souvenir d’enfance: ces heures passées à décorer un bâton de noisetier du bout du canif, en enlevant des bandes d’écorce.

Voyage dans le temps…

Le noisetier ou coudrier: un arbre préhistorique et mythique

Le noisetier est un arbre vénérable: l’un des rares survivants de l’ère secondaire (- 70 millions d’années). Grâce à son exceptionnelle longévité, il a donc assisté à l’apparition des premiers mammifères. Il accompagne l’homme depuis ces temps immémoriaux où il s’est mis à marcher sur ses deux jambes, et était même l’une des essences dominantes au néolithique, couvrant de vastes étendues et supplantant par endroit les forêts d’épicéas. Le noisetier a aidé les hommes du néolithique à survivre, en fournissant fruits et bois. Il a également nourri leur imaginaire, et c’est ainsi que le noisetier est devenu un arbre de légende, sous l’ancien nom de COUDRIER.

Les fonctions magiques du coudrier (noisetier):

Dès l’antiquité, le noisetier est l’arbre de la science et de la sagesse. Mercure a jadis offert un bâton de noisetier aux hommes, autour duquel s’enroulaient deux serpents. Ce bâton est devenu symbole de paix et d’équilibre, qui est parvenu jusqu’à nous sous les traits du caducée des médecins.

Les propriétés magiques du coudrier était également bien connues des celtes. Au coeur de toute forêt sacrée se cachait un bosquet de noisetiers, qui veillait sur une source. C’est là que les druides prélevaient de souples branches de ces coudriers, qui étaient utilisées comme des « baguettes magiques » divinatoires.

Au fil des siècles, l’utilisation de ces baguettes de noisetier a perduré: la baguette du sourcier est une tige de coudrier, de même que la baguette des sorcières, fées et magicien(ne)s. Le coudrier fut donc un médiateur grâce auquel les sages/mages purent accéder à l’autre monde, ce monde mystérieux qui anime les sources et les étangs et préside aux naissances et aux morts.

Autrefois symbole de fertilité, le coudrier est longtemps demeuré associé à des pratiques rituelles à connotation sexuelle dans les campagnes.

 Quelques anecdotes?

Dans certaines régions, la tradition voulait que la mariée distribue autour d’elle des noisettes le troisième jour de ses noces: un moyen subtil de signifier que le mariage avait bien été consommé.

Dans le massif central, les messieurs allaient à chaque printemps arpenter la campagne une branche de noisetier à la main, et dès qu’ils entendaient le premier chant du premier crapaud de l’année, ils retournaient très vite à la maison frapper 8 fois sans respirer la couche conjugale. Ils étaient ainsi assurés que leur épouse leur serait fidèle toute l’année. (A refaire évidemment à chaque printemps!)

Alors que j’allais enfin me déconnecter, je suis tombée sur une page consacrée elle aussi au noisetier (Suivez le lien), avec des tas d’informations complémentaires à cet article, et dont j’ai extrait la petite anecdote ci-dessous, en clin d’oeil à mes visiteurs outremer 😉 .

En septembre 1535, le navigateur français Jacques Cartier effectue son deuxième voyage au Québec. Ses navires mouillant dans la Baie Saint-Paul sur le fleuve Saint-Laurent en amont de Québec, il visita une île importante (plus de 25 km de périmètre) où poussaient des noisetiers (Corylus americana Marsch.). Il la baptisa Île aux Coudres. Ainsi, le Canada est sans doute le seul pays à posséder une île aux noisetiers (coudres ou coudriers en ancien français).

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Cet article a été initialement publié sur mon précédent blog. Je le remets aujourd’hui en ligne avec de nouvelles illustrations. Je n’ai hélas pas pu importer vos commentaires en même temps que mon texte. Alors, n’hésitez pas à remettre un petit mot si le coeur vous en dit.

12 commentaires sur “Noisetier, des fleurs aux fruits

  1. Un article quasi-exhaustif sur les « coudres » (: noisetiers, ça permet d’être compris).
    Sans aller jusqu’en Turquie, on peut donc admirer au détour d’un chemin des beaux arbres…nourrissants et dont les nombreux usages prouve l’intérêt.
    Il est toujours étonnant de voir comment, par le passé, tout était utilisé : les qualités mécaniques, les qualités médicinales, voir plus (pour les sourciers!). Sans doute est-ce à méditer dans notre société de haute consommation où même la récupération est …récupérée par le grand et puissant marché.
    Article très instructif et très bien illustré par tes photos qui sont instructives et franchement chouettes (j’aime beaucoup le charançon, et la fleur de noisetier en début d’article).
    Merci Cathy.

  2. Alors là nous sommes tous les deux époustouflés….si….si…ce message est un modèle du genre et on en apprend beaucoup sur cet arbre. Mais quand trouves-tu le temps de cogiter pareil article ???
    Tu ne dors pas la nuit n’est-ce pas !!! 🙂
    Grosses bises Cathy

  3. Bonjour,
    @ Essere: le noisetier mériterait effectivement d’être redécouvert. Ton commentaire me fait penser à la redécouverte du robinier faux acacia: un arbre indigène robuste, qui pousse vite et partout, qui a des qualités semblables aux bois exotiques pour les usages extérieurs. On tente peu à peu de le réexploiter, mais pas facile de faire de l’ombre au marché géant des bois exotiques, pourtant tellement destructeur.

    @ Philippe: Je t’avoue un secret: Le noisetier est plus une « balise », un compagnon, qu’un réel totem. MON arbre, c’est le frêne. Mais l’histoire est tellement longue que je n’aurai sans doute jamais le temps de l’écrire ici 😉

    @ Roger: J’avais trouvé la plupart des infos et liens il y a longtemps déjà. J’aime beaucoup me livrer à ce genre de recherche, même si c’est très chronophage. Alors, je suis d’autant plus heureuse de savoir que cela plait :-).

    Très bon dimanche à vous!

      1. La suite est déjà écrite depuis le commencement, mais cela ne tiendrait pas sur un blog 😉 .
        Du coup, cela demeure ma petite histoire à moi… pour l’instant.

  4. Et les bourgeons de noisetier ? Personne n’en parle ? Que contiennent-ils? Sont-ils un ou plusieurs ? Comment sont-ils disposés ? Le reste est très bien je le conçois, mais il manque la je crois, un détail majeur…

    1. Hé oui, il y a des tas de choses dont on ne parle pas : les bourgeons, l’écorce, la forme des branches, les feuilles, les racines… ça doit être parce-que le sujet est « des fleurs aux fruits » et non pas « des bourgeons aux feuilles » ou autre chose… 😉 😀

  5. Article très intéressant et plutôt complet. J’attire cependant votre attention sur le terme hermaphrodite. Pour des végétaux, il s’agit de fleurs possédant à la fois des pièces mâles et femelles.
    Le noisetier est plutôt une espèce monoïque, car il produit des fleurs femelles et des fleurs mâles.

    Bonne journée

    Benjamin

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