Cabinet de curiosités et inspiration photographique

L'étang | paysage impressionniste

Mon cabinet de curiosités intérieures est revenu…

J.G HINZ-Cabinet des curiosités-1666 - Huile sur toile - 127X102 cm

Impossible de renoncer à mon cabinet de curiosités intérieures. Créé dans un précédent blog, il a resurgi ici dès mes premiers articles. Il est donc grand temps que je re-publie cet article qui lui était consacré (hélas, vos commentaires de l’époque ont disparu lors de mon déménagement...).

A l’époque, j’avais à coeur de partager avec vous l’origine de mes inspirations. Je croyais alors écrire sur quelque chose d’acquis, de  presque de définitif, que je nommais, vous l’avez compris, «Mon cabinet de curiosités intérieures». Et étrangement, écrire et décrire ce Cabinet de curiosités intérieures lui a donné une autre dimension. À ma grande surprise, il est aujourd’hui plus consistant, plus complexe, et plus rempli que jamais de mille petits morceaux d’images et de couleurs. Comme si verbaliser cet espace mental qui flottait à la limite de ma conscience en avait renforcé la richesse et le pouvoir. Ce cabinet de curiosités intérieures est un asile vorace. Il est là, croulant sous les artistes de tous horizons, toujours prêt à m’accueillir dès que l’inspiration vient à manquer. Mais dans le même temps, il réclame goulûment toujours plus de nourriture! Photos, tableaux, gravures, films, BD, dessins animés, estampes, vieux chromos chinés sur une brocante, publicités, poèmes, bouquins… tout est bon pour alimenter sa faim inextinguible.

Mon cabinet de curiosités intérieures, comment ça marche? 

Un petit enfant apprend plusieurs mots par jour. Oreilles toujours ouvertes, il laisse les sons s’imprimer dans sa tête. Mais engranger des mots ne signifie pas apprendre à parler. Au contraire, ce sont les mots qui lui parlent. Il les consomme, les avale, les ingère, les intègre jusqu’à se les approprier. Magie de l’apprentissage: un jour où l’autre, il saura non pas répéter ces mots, mais les plier à ses désirs, les réutiliser transformés pour exprimer sa propre pensée.

Je m’efforce de cultiver un regard d’enfant assoiffé de merveilleux. Mon oeil se veut une oreille en couleurs.  Il laisse s’inscrire sur ma rétine un flux continu d’images et de nuances qui vont s’archiver au coeur de mes pensées à mon insu, pour y mûrir longuement. Et puis un jour, sans même que je sache ni où, ni comment ni pourquoi, ces images vont ressortir, non pas entières mais par bribes, non pas à l’identique, mais modifiées, digérées,…assimilées?

S’inspirer n’est pas copier!

La simple répétition d’un mot n’est qu’un pseudo-langage. Reproduire une image? Voilà le rôle de la photocopieuse. Garder des mois, des années durant, des mots, des mélodies et des images, en extraire un sens, des détails, des émotions, ou simplement une harmonie de couleurs, c’est là la grande soupe qui se cuisine dans la tête toute la vie durant. De temps en temps, une situation, une émotion, rappellent à la surface des fragments de nos réserves sensibles. Parfois, la magie opère, et l’on tombe avec bonheur dans cet état de création : ces réminiscences, ces réassemblages de détails se transforment en un objet qui est tout à la fois très personnel et extérieur à nos pensées: un poème, une image, une musique…

 Merci l’artiste!

Pour toutes ces images qui couvent dans ma tête, pour toutes celles qui m’ont émue, pour toutes celles qui transparaissent sans être annoncées et celles que je n’ai pas encore découvertes, MERCI! Merci aux artistes, aux créateurs, à ceux ont osé, qui dessinent des ailleurs infinis. Merci à vous, mes fidèles compagnons de route passés et à venir. J’ai tellement besoin de vous, de vous voir, de vous découvrir, d’être surprise par vos oeuvres!

Et en images, ça donne quoi? 

Il est grand temps de conclure. Difficile de boucler ce long article théorique sur les liens intimes qui peuvent exister entre ma photographie et les oeuvres coincées dans les replis de ma mémoire sans une seule photo. Le choix est difficile. J’aurais envie de vous parler de Klimt, sans doute le plus fidèle résident de mon cabinet de curiosités intérieures, ou encore de Léon Spilliaert, plus confidentiel, mais qui est souvent à mes côtés cet hiver 2012.

J’ai finalement choisi une photo apparue sur mon capteur en janvier dernier, alors que je me dirigeais vers l’étang en pensant au Champ de blé aux corbeaux de Van Gogh

Champ de blé aux corbeaux | Vincent van Gogh | 1890
Champ de blé aux corbeaux | Vincent van Gogh | 1890

Pourquoi penser à ce tableau? Parce que c’était le soir, à l’heure bleue. Parce que la plaine était aussi vide et plate que les paysages des derniers tableaux du célèbre peintre impressionniste. Parce qu’à mon approche quelques corneilles noires se sont envolées.

Je me suis penchée sur la surface clapotante d’un étang, la terre lourde et nue du champ dans mon dos. Et je me suis laissée (em)porter par l’atmosphère du lieu et par Van Gogh.

L'étang | paysage impressionniste
L’étang | paysage impressionniste

Info-photo: cette photo-là est pratiquement « brute de capteur ». Elle est sortie comme ça de mon boitier, avec ses couleurs bien saturées, un peu froides. J’ai choisi de ne toucher à rien. J’aime ces camaïeux de bleus qui s’écoulent des nuages jusqu’au fond de l’étang.

Je serais incapable de dire ce qui est réellement inspiré du tableau. Je n’ai pas du tout essayé de le reproduire. Juste le laisser me guider. En nourrir ma photo. Van Gogh se cache-t-il dans l’émotion? Dans l’atmosphère? Dans les couleurs? Dans la composition minimaliste? Ou dans ces traces de pinceau qui sont apparues dans mon ciel torturé? Pas de corbeaux dans mes nuages, mais en écho, quelques ondes mouvantes en bas de l’image, qui créent ce petit bout de mouvement dans ce monde figé. Je sais juste que j’avais conscience de sa présence à mes côtés, ce soir-là. Je vous laisse le soin de trouver d’autres similitudes, il en existe sans doute, que chacun verra selon son propre regard.

Un grand merci à vous, courageux lecteurs, qui avez tenu bon tout au long de ce long article. J’avais envie de partager avec vous mon fonctionnement, et entrouvrir la porte sur ce musée intérieur en ébullition qui alimente mon APN en continu. Promis, la prochaine fois, je serai plus brève!

Faire de l’art, de la poésie, est une offrande, car il n’y a personne pour offrir quoi que ce soit. Il y a uniquement l’amour de l’offrande. Et ce geste d’offrande provient de l’inconnu, du silence, il surgit de la gratitude d’être. C’est ainsi que je comprends la créativité sinon ce n’est qu’une simple manipulation du déjà connu. C’est la toute la différence entre une œuvre d’art et une production artistique.

 Jean Klein

 

D’autres associations peinture/photo issues de mon cabinet de curiosités intérieures?

11 commentaires sur “Cabinet de curiosités et inspiration photographique

  1. Merci pour cet article très personnel. Ravi de savoir que ton cabinet de curiosités sera régulièrement mis à jour, remanié, enrichi.
    C’est très instructif de voir ce qui t’inspire et on comprend que tu en tires des choses qu’un autre artiste aurait interprété autrement, chacun intégrant les influences à sa manière. La tienne me convient très bien :-).
    Bises

  2. Dernièrement, pour la première fois de ma vie j’ai pu voir une toile de Rubens en vrai (la vague). Je suis restée absolument scotchée et vois-tu, je ne suis pas prête de l’oublier celle-ci ! Qui sait, un jour arriverais-je à m’en inspirer ?

    Bonne route à toi !

  3. A moi aussi ton cheminement m’a bien plu Cathy et j’ai, sans me forcer le moins du monde, lu ton article jusqu’au bout afin de te dire mon admiration pour cette magnifique composition « L’étang » sortie brute de ton capteur sans doute mais aussi de ton extrême sensibilité intérieure. Bravo et merci pour cette belle image. Bises Cathy et bon week-end

  4. J’ai bien aimé cette note et j’ai hâte de voir la suite.
    Parfois l’inspiration est claire, comme ici, tu sais vraiment à quoi tu as pensé, et parfois aussi c’est bien plus vague. Une photo nous fait penser à un tableau, ou à une autre photo, et on ne trouve pas laquelle. Agaçant au possible ! 🙂

  5. NB : La photo est vraiment superbe avec ses camaïeux de bleus rehaussés par le noir et l’or, et les doux mouvements un peu flous du ciel et de l’eau…

  6. @ Essere: Tu as tout dit: ce qui est fantastique, avec les émotions artistiques, c’est qu’une même oeuvre va toucher beaucoup de monde, mais que chacun va se laisser influencer différemment par cette oeuvre.

    @ Laurence: oui, parfois, il y a une toile qui donne la chair de poule. Sans aller jusqu’au syndrome de Stendhal, j’ai aussi en tête quelques rencontres extrêmement fortes. On a vraiment le sentiment que c’est une rencontre qui a changé quelque chose, sans trop savoir quoi. J’ai découvert la plupart des oeuvres dans les bouquins, mais un tableau « en vrai » est vraiment beaucoup plus chargé d’émotion (comme une photo, d’ailleurs 😉 )

    @ Roger: Cette photo, c’est ce que je cherche en ce moment: une image instinctive et très préparée à la fois: repérage, idée de la photo qu’on veut obtenir, test de mouvement… et puis, ensuite, on se lance. Parfois, cela fonctionne, parfois non. Et presque toujours, la photo a quelque chose qui nous surprend. Bises

    @ Pastelle: Je te comprends trop bien! cette idée qu’un tableau se cache derrière une photo, comme un mot sur le bout de la langue. Cela m’est arrivé de tomber sur ce tableau des semaines + tard, et de me dire « Bien sûr, cette photo-là était liée à ça! »

    @ Philippe: aurais-tu accès à mon disque dur??? Ce soir-là, j’ai fait toute une série plus « brumeuse » en pensant à Turner, justement! Sans doute s’est-il un peu échappé dans cette photo-là aussi? 😉

  7. Bonjour, je passe de blogue en blogue et soudain j’arrive dans ton univers (je me permets de te tutoyer) et quel ravissement. Tes photos macros, champignons, papillons et autres, sont tout simplement un régale pour mes yeux. Je repasserai, c’est certain, au plaisir!

  8. Bonjour Anne,
    Pas de problème pour le tutoiement 😉 et un grand merci pour ton regard sur mes photos 🙂
    Je suis allée à mon tour découvrir ton univers. Mais sans parvenir à laisser un commentaire 🙁 (Faut que je recherche mes codes wp, sans doute… )

  9. Petit détour par ton cabinet de curiosité… parce que je suis une… CURIEUSE !
    J’aime beaucoup ta démarche.
    Suis pas déçue !

    Biseeeeeeeeeeeeeeees de Christineeeeeeeeeeeeeee

    1. La curiosité n’est pas un vilain défaut! 😉
      A chaque fois que je me balade dans un univers aux antipodes du mien, cela me stimule pour élargir mon horizon. Je suis une grande collectionneuse de petits riens 😉
      Bises

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *