Confidences

Peur, douceur et résistance #confidence #confinement

En quête de douceur, absolument, en ces temps sombres. Pas d’autre choix possible. Apprivoiser ma peur, la regarder dans les yeux, la remercier d’être là, car c’est elle qui nous dicte de sortir peu, gantés, pour se protéger, mais surtout pour protéger les autres. Car nous sommes potentiellement tous porteurs. Porteurs de cette saleté de maladie. On savait bien qu’un tel scénario allait se produire tôt ou tard. Et bien voilà. On y est. Et en fait, on ne savait rien du tout. Chaque jour est à inventer avec les moyens du bord. L’isolement plus ou moins compliqué à gérer selon les lieux et les personnes, les mesures drastiques pour ne pas propager trop vite ce foutu virus. Se sentir responsable. Faire barrière. Faire aussi barrière à la peur irrationnelle. Apprivoiser sa peur. Ce matin, je la sens encore dans mon ventre. Pas trop peur pour moi, mais pour les autres, pour tout ceux qui sont au front, pour le monde qui parfois flirte avec la folie. Pour tous ces amis que je devais rappeler ces derniers mois, perdus de vue par procrastination. Je visualise ma peur. Je la réduis à une petite boule dans  mon ventre qui fait un peu pression sur mon diaphragme, malgré tous mes efforts. Du coup, j’ai du mal à respirer, parfois. Cette peur latente s’est invitée comme un nuage. Je souffle dessus pour le disperser en souriant au ciel bleu. C’est un devoir de résistance, de nourrir de belles énergies. La vie est là, indifférente à notre sort, à nous humains. La nature est là, toujours aussi accueillante. Elle aussi est porteuse. Elle nous porte quoi qu’il se passe, quoi que nous lui fassions subir. Alors, en ces temps sombres, connectons-nous à cette nature, à la terre. Il fait assez chaud pour y poser ses pieds nus. Même sur son balcon. Inspirons l’air, écoutons le silence, les bruissements, les oiseaux. Et nourrissons absolument la douceur envers et contre tout !

La douceur n’est pas synonyme de faiblesse, au contraire ! Aujourd’hui, elle devient synonyme de force, de résistance, de lutte contre la colère, le complotisme, le négativisme, l’égoïsme. C’est compliqué, de demeurer dans la douceur. C’est un travail harassant, parfois. Lorsque la peur revient grignoter nos bonnes résolutions. Ne pas culpabiliser de nos pensées sombres. Mais ne pas les nourrir. Leur ouvrir la fenêtre pour les laisser passer. Pieds nus sur le sol froid de printemps, je sens l’énergie de cette terre noire qui lutte et repousse les ombres.  Sentiment de gratitude. Mon besoin de douceur est un acte de résistance que je chéris. Etre doux avec soi-même aussi : je suis fière de moi de parvenir à me recentrer dans de belles énergies, en ce moment. De demeurer autant que je le peux en ouverture à la beauté de la nature, mais aussi en ouverture au monde, dans la compassion et la gratitude, émerveillée par les actions de certains, par les actes de solidarité, aussi modestes soient-ils. Et quand je ne peux plus, je ne m’en veux pas de me replier dans mon terrier, coupée de tout, juste occupée à m’isoler de toutes ces émotions extérieures contradictoires qui circulent dans une telle densité et que je ne parviens pas toujours à gérer…

Nous sommes certes potentiellement porteurs, mais nous portons en nous tellement d’autres choses qu’un sale virus ! Non, ça n’est pas vain de ne pas nourrir les peurs. Ça n’est pas vain, de se détourner de ce flow ravageur de nouvelles parfois vraies, parfois fausses. S’informer dans la rationalité, bien sûr. Puis nourrir cette partie de nous qui sait voir le beau, qui cultive la bienveillance et l’attention à l’autre. Afin de choisir d’aller vers plus d’humanité à l’issue de ces temps troublés.
Prenez bien soin de vous et de vos proches, pensez bien fort aux soignants et autres personnes qui prennent des risques pour nous, soyons responsables et bienveillants, et semons des petites graines de paix et de douceur : peut-être est-ce le seul choix possible ?
Je pense bien fort à vous, mes amis !

* En illustration, des photographies réalisées avec des flous de bouger l’été dernier sur la côte d’Opale. 

9 Comments

  • Philippe Bullot

    Bonjour Cathy, la douceur de tes photos est plus que bienvenue… nécessaire en ces heures sombres !
    Je n’ai pas peur mais je ne me sens pas invincible, je suis envahi par une sensation étrange. J’ai lu tant de romans d’anticipation, de science-fiction qui décrivaient la situation que nous vivons, que j’ai l’impression d’avoir fait un saut dans l’espace-temps. Comme si le temps où, adulescent, je lisais ces cauchemars m’avait rattrapé.
    Prends soin de toi et de tous ceux que tu aimes, nous t’embrassons 🙂

    • Cathy Bernot

      Oui, comme toi, je ne me sens ni vulnérable, ni invincible. Je ressens surtout la peur des autres, mais aussi, toutes ces émotions ingérables pour moi de suspicion, de colère, d’égoïsme… Et ça, j’y arrive plus ! Alors, je lutte en écoutant danser les abeilles 😉 Et puis, j’ai besoin d’agir. Du coup, je rouvre les portes de ce blog. Je me dis que si ça peut semer des petites graines plus paisibles, c’est déjà ça.
      Et mes lectures, qui sont en partie similaires aux tiennes, me rejoignent aussi 😉 Mais en même temps, je me rends compte que c’est tellement différent, et surtout, la fin reste à inventer. Alors, je me surprends à rêver que l’on en profite pour cultiver l’autonomie, la bienveillance, le libre arbitre, la frugalité et que sais-je encore. Envie de rêver à ça !!!
      Bisous à vous et prenez bien soin de vous !

      • Karine

        Tes photos me donnent envie d’aller sur cette côte Opale que je ne connais point ! En tout cas beaucoup se plaignent du grand calme qui réside moi j’adore le vide et le calme et finalement je ne perds plus une miette de chaque bruit de mon jardin , du moindre craquement d’herbe au gazouillis mécontent du merle car je suis sur ma terrasse ou la sienne du reste .Même mon chat miaule sans arrêt, elle trouve que nous sommes trop présents chez elle et veut qu’on reparte au travail … Vivement ma journée de travail terminée je fonce voir mon camélia qui explose …. bises et prend bien soin de vous trois .

        • Cathy Bernot

          Ah, ce n’est pas le moment d’envisager des voyages 😉 Mais peut-être de trouver enfin les ressources pour ne plus rêver à ailleurs mais vivre le ici et maintenant, et comme tu le fais, de nourrir l’émerveillement au jour le jour.
          Bises et prends bien soin de toi et de tes proches aussi ! 🙂

  • Céline

    « La douceur, c’est la plénitude de la force » dit Alphonse Gratry.
    Je trouve que tes photos illustrent très bien cette citation Cathy ! Merci de nous les partager ainsi que ces confidences qui me font me sentir un peu moins seule ! 🙂
    Je te souhaite de traverser cette épreuve avec le plus de douceur et de sérénité possible et de continuer à prendre soin de toi et de ce qu’il y a en toi, comme tu le fais déjà.
    Mes pensées solidaires du Québec xx

    • Cathy Bernot

      Coucou Céline,
      Oh, cette citation me parle ! ♥ Merci !
      En ces temps étranges, nouveaux, anxiogènes, j’ai du mal à être en lien « comme d’habitude » : ces liens superficiels des réseaux. Mais j’ai aussi besoin des autres, d’agir, de sentir que quelque chose de beau peut néanmoins sortir de tout ça. L’écriture via le blog s’est imposée, comme pour jeter une bouteille à la mer. Et qu’elle soit reçue de l’autre côté des mers, justement, me touche profondément 😉
      Merci pour ta présence et plein de pensées pour toi aussi. Prends bien soin de toi !

      • Céline

        Allo Cathy,
        L’écriture est un très bon exutoire ! Je suis admirative des personnes qui savent mettre en mots ce qu’elles ressentent, comme tu le fais.
        Merci pour tes pensées !! xx

  • Didier

    Tes photos sont si belles et paisibles .. des moments d’harmonie ! Elle me font penser à mon voyage à Bali … ces belles personnes tellement en harmonie avec leur monde , le respect de l’autre dans cette religion mélange d’hindouisme et de bouddhisme… malgré les tremblements de terre , ces volcans , les maladies … comme disaient mon guide : la nature détruit pour mieux reconstruire . Prendre le temps de déposer chaque pas comme une respiration , sentir , écouter … vivre chaque moment de vie ! Je sens et ressens la peur des gens , mais aussi l’égoïsme ,l’individualisme etc … Ça me touche me blesse , me meurtrie … j’ai de plus en plus de mal avec tout celà ! heureusement il y a la nature ou je me ressource et m’abreuve ou je laisse aller mes émotions ! il faut rester fort fasse à tout celà !! Prennez bien soin de vous .. plein de belles pensées pour vous. Bises

    • Cathy Bernot

      Oui, de telles crises nous font ressentir que la terre est et demeurera, quoi qu’il se passe pour nous. Le moment est venu de nous reconnecter à elle, absolument ! Et cela passe par un recentrement, un ancrage et cultiver des valeurs de lien avec le monde, avec la nature, d’humanisme plutôt qu’un repli sur soi.
      Plein de pensées pour vous 2. Bisous

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