Confidences

Pourquoi copier, ça fait mal ?

Je me lance… Un article que j’ai en tête depuis des semaines. Une double mésaventure récente a réactivé cette envie d’écrire sur le plagiat, et donc par ricochet sur l’acte de création singulier. Seulement, cette fois, je voudrais aller non pas du côté de ce qui est juste, légal, procédurier, mais du côté de l’émotionnel. Pourquoi être copié, ça fait mal ? Je suis consciente que je me lance là un défi, et que le sujet est épidermique pour beaucoup. Mais écrire m’aide à comprendre et avec un peu de chance, à prendre de la distance par rapport à toutes ces énergies négatives portées par certaines personnes, et qui s’épanouissent sur les réseaux.

Pourquoi le sujet du plagiat est-il épidermique ?

Peut-être parce qu’au delà d’une sorte de colère, on se sent tous parfois les plagieurs de quelqu’un d’autre. Créer, c’est faire la synthèse de 3 choses :
– de qui nous sommes réellement, dans notre coeur et notre moi intérieur
– du monde extérieur tel qu’il nous parvient, à l’instant de la création
– de tout ce qui a nourri notre âme par le passé : oeuvres d’artistes, bulles de beauté, rencontres…

Syndrome de l’imposteur, sentiment d’illégitimité

Il est parfois difficile de se libérer des influences extérieures. Et du coup, lorsque l’on est en quête sincère d’authenticité et de singularité, peut naître ce sentiment qu’on s’inspire un peu trop de quelqu’un d’autre. D’autre part, un bon moyen d’élargir notre palette technique consiste à essayer de refaire des photos vues ailleurs à titre d’exercice ou d’amusement (j’en parle plus bas). Lire un article sur le sujet peut donc devenir inconfortable. Mais que les choses soient claires : je n’écris pas pour mettre en inconfort ceux dont l’hypersensibilité ou l’attention à autrui sont telles qu’ils en nourrissent parfois un sentiment d’illégitimité de leurs oeuvres, par manque de confiance en leur talent d’inventeur. Je n’écris pas non plus pour lapider en place publique ceux qui, à l’opposé, reprennent des oeuvres quasi à l’identique, et parviennent à se convaincre eux-mêmes qu’ils les ont inventées. Je ne veux pas aller sur ces terrains-là. Je veux aller du côté du coeur. Du mien. Et explorer pourquoi être copiée, même après 10 ans de photos et de vie publique d’artiste sur les réseaux et dans la vraie vie, ça fait mal.

Cette photo chère à mon coeur…

Les faits : Au détour d’une publication Facebook, je me rends compte qu’une personne venue faire un stage avec moi fait une exposition sur les orchidées sauvages de ma région. J’avais remarqué depuis longtemps que cette personne s’inspirait parfois beaucoup de mes macros aquarelle. C’était prévisible : elle m’avait sollicitée pour un stage individuel, afin d’apprendre ma technique. De plus, certaines photos toutes simples n’ont pas grand caractère d’originalité et ont été faites et refaites par de nombreux photographes (la fleur nette dans son fond flou, par exemple). Jusque là, je passais outre sans soucis, me disant qu’elle trouverait sa propre expressivité le jour où ses photos seraient destinées à autre chose qu’aux likes sur les réseaux.

Mais il y a quelques jours, j’ai découvert un tirage d’exposition qui m’a fait mal… On ne parle plus de simple inspiration, mais d’une photo chère à mon coeur reprise à l’identique : même cadrage, même composition, même fleur photographiée exactement sous le même angle original et improbable, à la même échelle et au bokeh aussi identique que possible, le tout imprimé en grand format, prêt à l’accrochage. Cette fois, impossible de me dire « Tu te fais des idées, il ne s’inspire pas vraiment, c’est le hasard…« . D’autant plus que ma photo copiée fait partie de mes photos « connues » : diffusée largement grâce à la publication d’un portfolio du magazine Image et Nature spécial Orchidées en 2018.

La photo d’orchidée, dans mon port-folio magazine (désolée pour la qualité médiocre). Clic sur la photo pour découvrir la version recopiée (capture d’écran d’un post Facebook publique).

Mes livres aussi…

Doublon : La même semaine, une personne, autrefois grande fan de mon travail, diffuse des photos de ses créations de livres d’artiste : là encore, reprise à l’identique du format, même motif de papier de couverture (même fournisseur) avec la même marge unie, même conception, même façon de relier à la japonaise « à ma façon » avec des petites perles, mêmes tirages avec la même marge… Et devinez quoi ? Mêmes photos (enfin, tentative) à l’intérieur.

Et maintenant, on fait quoi ?

Dans les 2 cas, j’ai découvert ces plagiats par hasard, ces deux personnes se faisant depuis longtemps très discrètes à mes yeux.

Réaliser ça m’a donné des fourmillements dans le ventre. Je fais quoi ? Je râle, au risque de passer pour la râleuse de service ? Je laisse tomber, au risque de cultiver la colère ? Je n’ai pas trouvé d’issue à la fois douce et juste.

Que quelqu’un essaie de refaire à l’identique le travail d’un autre ne me dérange pas si c’est clair, assumé, avec citation de la source. Ou encore si c’est juste dans un cadre privé. C’est même une façon d’apprendre, parfois. Mais dans ces deux cas récents, ces personnes expriment clairement leur désir d’être vues et reconnues publiquement.

Trois phases

Par le passé, j’ai eu maintes fois à gérer des choses de ce genre. Je suis passée par plusieurs phases concernant les usages amateurs (Je parle là de plagiat privé au sens large : diffusion de mes images ou reproduction à l’identique de mon travail – Je ne parle pas des diffusions illégales type commercial) :
– Les premières années, je fonçais bardée de ce qui est légal. J’exigeais le retrait, rarement davantage. Mais au fond, je réclamais une forme de justice, et, soyons fou, des excuses. Inutile de vous dire que j’essuyais les grosses colères des plagiaires pris la main dans le sac. Cela m’épuisait.
– J’ai eu ensuite ma phase « peace and love » : on ne va pas se mettre la rate au cours bouillon pour ça. Laisse couler… C’était beaucoup moins juste, mais aussi moins souffrant pour moi. Mais au fond, toujours pas satisfaisant.
– Je crois que j’aborde ma troisième phase : je pose mes limites !

Limites et résilience

En effet, autant être lucide : si on ne pose pas ses limites, aucune raison que quelqu’un qui a pris l’habitude de se servir dans notre photothèque cesse ses pratiques. Quand on réalise que l’on peut piocher directement dans le pot de bonbons sans se faire prendre, on y retourne. Mais les roudoudous fauchés au comptoir, c’est fini !

Poser ses limites, c’est exprimer sans colère à la fois que l’on a vu, que ça n’est pas normal et que cela blesse.

Poser mes limites, c’est aussi tirer quelque chose de positif de tout ça : m’en servir pour chercher pourquoi ça fait mal. Aller là où des émotions enfouies se réactivent.

Pourquoi ça fait mal ?
Parce que c’est pas juste !
Mais au fond, qu’est-ce qui n’est pas juste ? Qu’est-ce qui fait mal ?

Oser prendre sa place

Dans le premier cas, il s’agit d’un photographe amateur qui a repris à l’identique une de mes photos atypique et clairement « à ma façon » pour son exposition.

Pourquoi ai-je été blessée ? Au fond, pas pour le plagiat. Pas non plus de déception relative à cette personne : on n’a pas vraiment été étonnés (Ah, cette intuition 😉 Vous savez, cette petite voix qui vous alerte, et que vous n’écoutez pas assez.)

Avec le coeur ou avec la tête ?

Je crois que ce qui m’a réellement blessée, c’est que cette copie approximative ternissait un moment plein d’émotions vécu lors de ma prise de vue à moi. La copie a été faite avec la tête, la personne s’est d’ailleurs expliquée ainsi, parlant recherche graphique et tout et tout. L’originale a été faite avec mon coeur. Faire une photo avec sa tête, c’est faire courber le sujet à sa volonté. Faire une photo avec son coeur, c’est ne rien chercher, ne rien attendre, et juste essayer de s’ouvrir à ce qu’offre la fleur. Cette photo est le fruit d’un dialogue à un moment singulier avec une fleur singulière. Les conditions n’étaient pas excellentes, les orchidées semblaient impossibles à photographier. Je me suis obstinée, je sentais que l’une d’elle avait quelque chose à dire. Et j’ai fini par découvrir cet angle de prise de vue, avec une composition subtile au delà de la simple performance graphique, où la netteté est juste là où il faut pour créer une image à la limite de l’abstraction. Comme on aime à le dire dans les stages Nature en Lien, chaque création est le fruit d’une rencontre dans l’émotion et d’un problème à résoudre. Recopier cette image, c’est pour moi, dénaturer le sens de ma photo, et au delà de ça, dénaturer le sens de mon travail : j’ai à coeur de transmettre des émotions, et d’encourager mes stagiaires à être eux-mêmes créateurs de leurs photos. Sur ce coup-là… j’ai juste échoué dans les grandes largeurs…

Mon espace (in)sécure

Une autre raison, plus subtile, explique sans doute que je soies blessée : la peur de perdre un espace où je peux être simplement qui je suis. L’art a toujours été pour moi une nécessité : un moyen de me créer mon propre espace singulier, ou plutôt, de pouvoir exister dans le monde réel, sans avoir à dissimuler le fait que je me sente extraterrestre en perpétuelle sur-adaptation à l’extérieur. Devenir artiste, c’est créer mon propre monde. Sans même prétendre être comprise, juste être ancrée dans un espace sécure à moi. Et quelque part, je crois que ces histoires de plagiat avec cette justification terrible : « Copieur, moi ? Pas du tout ! Tout le monde fait la même chose… » menacent de mettre à terre ce havre de paix où je peux être moi-même, sans ce masque attendu par la société. En temps normal, je dois souvent museler ma singularité. Et voilà que dans mon métier, là où elle peut s’exprimer, un plagieur lui ôterait toute valeur, toute raison d’être. Du coup, où puis-je trouver une place où je peux laisser ma singularité en liberté ?

Neurones miroirs

Et si au fond, je lui en voulais parce que je m’en veux à moi ? (Cette histoire de neurones miroirs… ). De quoi pourrais-je m’en vouloir ? De ne pas oser m’imposer. De m’effacer pour laisser la place aux affamés de reconnaissance. Cette mésaventure met en lumière ce problème que j’ai avec le fait d’occuper l’espace, sans doute. J’ai un esprit de compétition inexistant. Si quelqu’un veut ce qui m’appartient, je lui cède la plupart du temps, sans même qu’il ait besoin de demander. Alors, comment reprocher à quelqu’un de se servir ? Je sais bien qu’au fond, je m’y attendais, j’ai moi-même créé les conditions pour que cela se produise.
Pour me consoler, je me dis que chaque mésaventure de ce genre est l’occasion pour moi de travailler là dessus et d’avancer.

Déception et insécurité

Dans le second cas, les livres d’artiste, l’explication est plus simple : une déception réactivée concernant la nature humaine (ou plutôt, de nombreux humains.)
Depuis toujours, je me sens extraterrestre sur une planète inconnue. Hypersensible et trop empathique, je ne comprends pas le fonctionnement des autres, du groupe. J’avance souvent en terrain mouvant. Rencontrer des personnes qui paraissent elles aussi sensibles et intègres m’ouvre un espace sécure au niveau relationnel. Mais lorsque ces mêmes personnes qui disaient vous aimer, ou aimer ce que vous faites, s’approprient votre travail, cela crée tout à la fois un sentiment de trahison et d’insécurité relationnelle. Comment s’en prémunir ? Je n’ai pas envie à l’avenir de me méfier de tout le monde. Ceux qui s’approprient le travail d’autrui le font souvent par peur de créer par eux-mêmes. Peut-être qu’au fond, c’est aussi le fait de ne pas être aimée pour les bonnes raisons qui est souffrant ? Cette personne n’aime pas qui je suis, ni ce que je crée avec mon coeur, mais elle aime juste ce qu’elle peut me prendre. Là encore, je crois bien que cela réactive des insécurités et des blessures passées.

Comment se sortir de ces blessures ?

Je n’ai trouvé qu’un moyen de panser ces blessures à l’âme : me connecter au plagieur. A ce vide qu’il a à l’intérieur, qui le pousse à s’approprier ce qui ne lui appartient pas. Il ne sait pas créer ? Il a peur de déposer son coeur à nu dans ses propres oeuvres ? Il a tellement besoin d’être vu, entendu, aimé, qu’il est prêt à se servir ailleurs ? Mais au fond de lui, il ne sera jamais satisfait, car il saura qu’il est aimé, reconnu, pour quelque chose qui n’est pas (à) lui.

Et puis il y a cette tristesse de constater que l’art est un espace infini de création, mais que peu osent sortir d’un tout petit cadre, et se cantonnent dans la zone de ce qui existe déjà. Là, on rejoint les stages et coachings que je fais désormais et qui me font vibrer : Dénouer les blocages émotionnels, aider les personnes qui n’osent pas aller vers ce qui n’existe pas encore. Se détacher de l’attrait de la reproduction juste un peu modifiée pour parvenir à vivre réellement un acte de création.

Et de mon côté ? De telles expériences finissent toujours par être digérées. Et même de plus en plus vite. J’en sors grandie : plus forte, quelques clés émotionnelles débloquées au passage. Cela ne veut pas dire que la prochaine fois, ça ne sera plus souffrant ou injuste. Cela veut dire que j’avance sans céder à la rumination, que je me libère, plus légère et donc plus créative peut-être qu’avant. J’arrive même à éprouver de la compassion pour ces autres qui cèdent à la tentation occasionnelle ou systématique de s’approprier le travail d’autrui pour exister. Ne se rendent-ils pas compte que plus ils s’obstinent dans ces schémas, plus ils cultiveront des énergies toxiques en eux-mêmes, et moins ils seront capables de regarder avec le coeur ? Et donc d’être réellement comme ils voudraient être et être vus ?

Eviter les blessures : un droit et un devoir

Se grandir au fil des blessures, c’est bien, mais si l’on peut éviter les blessures, c’est mieux. Je commence à comprendre que poser ses limites assez tôt est un devoir envers soi-même. Une façon de prendre soin de soi. Plutôt que le conflit, j’ai choisi aujourd’hui l’écriture dans le blog. Pour exprimer clairement mes émotions à ces personnes qui m’ont blessée. Pour partager aussi mes avancées sur le sujet. Car je crois que tous ceux qui créent avec le cœur, osent et s’exposent, vivront ce genre de choses un jour ou l’autre. Les temps deviennent difficiles, brutaux même. Le monde se durcit, se replie sur lui-même alors que les insatisfactions et les frustrations grandissent. Cet article, c’est aussi prendre le contre-pied de tout ça : rester en ouverture et accepter ce qui est. Et surtout cultiver ce maillage de petites lumières, de liens et de bienveillance entre nous. Je crois qu’on a besoin plus que jamais d’oser être soi, de se sentir tout à la fois singulier et en lien avec d’autres êtres sensibles.

9 Comments

  • Philippe Bullot

    Bonjour Cathy,
    Je me suis parfois amusé à te copier, les filés d’arbres par exemple, et cela ne m’a amusé qu’un temps. Le temps de comprendre que je cherchais à acquérir avec ma tête une technique qui venait du ventre et du coeur, une technique nécessaire à ton art mais qui n’était qu’un jeu pour moi.
    Et plutôt que de continuer à te copier ainsi, j’ai préféré suivre tes traces, les vraies, tes photos que j’admire chaque matin sur mes murs. Il n’est pas rare de redécouvrir ainsi un détail, une figure, un élan qui m’avait frappé lorsque j’ai choisi la photo et que l’habitude m’avait masqué.
    Par ailleurs, j’ai toujours trouvé curieux que tu donnes « tes trucs » à tes stagiaires, qu’il s’agisse de photo ou de reliure. Après réflexion, j’ai pensé qu’au delà de ton plaisir évident à échanger, partager et transmettre avec tes semblables qu’il s’agissait aussi d’un moyen de te pousser à te dépasser, à te réinventer, à demeurer « artiste » jusqu’au bout !
    Je ne vais pas m’aventurer à évoquer tes sensations de « copiée », « plagiée » car je ne parviens pas à m’imaginer ce que l’on ressent à ce moment là.
    Je vais terminer par une pirouette : ton inspiré est désormais capable de te copier parfois mais est-il capable de copier ce qui te meut et dont nous ignorons encore tout. As-tu découvert dans ses photos des images que tu aimerais créer ? A-t-il inventé une possible prochaine Cathy Bernot ? J’en doute…
    Nous vous embrassons, Corine et Philippe

  • Cathy Bernot

    Coucou Philippe,
    Ton commentaire me va droit au coeur.
    Oui, transmettre, c’est tout à la fois parce que j’aime, parce que ça me pousse à chercher à aller toujours + en territoire vierge, et parce qu’au fond, j’ai toujours essayé avant tout de transmettre mon réel moteur : aider les autres à s’inspirer eux mêmes. J’ai eu de très belles rencontres : des stagiaires que j’ai pu voir s’épanouir, et devenir réellement elles/eux-mêmes, commençant à exposer, et même accéder à de grands festivals. Je n’aurais pas la prétention de croire que c’est grâce au stage, mais je les ai aidés à faire un pas de côté, et peut-être à oser leur propre chemin. Rien que pour ça, je ne regrette pas les stages : c’est vraiment un beau cadeau que me font ces ancien.ne.s stagiaires en retour !
    Et puis, reprendre une technique ou faire des livres « à ma façon » ne me dérange pas du tout, au contraire. C’est une expérimentation. Et comme toi, la plupart l’expérimentent en privé. Non pas pour exister publiquement et en revendiquer la paternité. C’est à partir du moment où la copie prétend à l’originalité et à être créateur de ses images/livres que ça coince. ça blesse, et en eux, ça doit quand même être inconfortable tout au fond… Du coup, la tentation est grande de nier encore + l’inspiration ou la copie conforme. Le but de mon article n’est pas des excuses, rien de ce genre. Mais juste d’inciter ces personnes à se remplir ailleurs qu’à l’abreuvoir de mon atelier :)))
    Et accessoirement à m’apaiser là où ça blesse 😉 Vive la blogothérapie !
    Bises à vous deux
    Cathy

  • Céline

    Bonjour Cathy,
    Ton point de vue et ton introspection par rapport au plagiat sont forts intéressants. J’ai vécu une sorte d’expérience similaire dans l’enseignement de mes cours de danse… ça m’avait beaucoup frustrée à l’époque mais je n’avais pas poussé l’analyse pour essayer de comprendre ce qui avait créé cette émotion. En te lisant, ça me donne le goût de le faire à présent ! :-p
    Pas toujours évident de poser ses limites quand on a une personnalité douce et qu’on a peur du conflit ou de ne pas être « aimé » des autres…
    Bonne fin de semaine ! Amitiés et pensées du Québec 🙂

    • Cathy Bernot

      Bonjour Céline,
      Oui, hélas, ces pratiques sont courantes, avec des sentiments d’injustice, de frustration et de rumination.
      J’essaie envers et contre tout de rester le plus possible alignée dans le présent, ne plus avoir ce petit vélo qui rumine dans la tête, quand un truc comme ça m’arrive. Le yoga ou la marche consciente m’aident beaucoup. Et du coup, ça me connecte plus facilement à mes émotions sous-jacentes, seule façon de dénouer des choses pour plus de fluidité à l’avenir. Et puis, regarder le vide de l’autre en face, ça ne console pas, mais ça explique, et on se rend compte que ces pratiques existeront encore et encore. Qu’il faut quelque part, apprendre à vivre avec du mieux possible, apprendre à les éviter au max et à en tirer quelque chose de positif malgré tout.
      Quant à poser ses limites… Je suis aussi en cours d’apprentissage :p
      Bonne quête intérieure !
      Belle fin de semaine à toi ! (Pensées pour cet automne si beau chez vous… )
      Amitié
      Cathy

  • Avard Roland

    Bonjour Cathy.

    Bravo d’aborder ce sujet de cette façon, c’est par la prise de ce recul qu’on peut faire avancer les choses.
    Je suis touché par ce que tu écris car j’ai vécu et ressenti la même chose pour la même raison.
    Comment j’ai essayé de sortir de cette douleur?
    Dans un premier temps j’ai voulu me couper de la personne qui me copiait, de ne plus la rencontrer et de la sortir de mes cercles d’amis. Mais ce n’est pas génial car à la fin, je vais finir complétement isolé du monde, et ce n’est pas ce que je cherche.
    Et puis j’ai regardé plus attentivement le travail de la copieuse et j’ai découvert une évidence ; tu en parles dans ton texte.
    La copieuse a travaillé avec sa tête à la recherche des techniques idoines, tandis que mes photos sont faites avec mon coeur avec le seul soucis d’exprimer ce qui se trouve au fond de moi. Et c’est une grosse différence qui se voit dans le résultat.
    Quand je regarde ton orchidée puis celle de ton copieur il est évident que la tienne a une puissance que l’autre n’a pas.
    Comprendre cela m’a libéré, et je me suis même dit que peut-être qu’il serait intéressant d’exposer mes photos à côté de celle de la copieuse, ce serait une belle leçon …..
    Comme toi je sors grandi de ces expériences avec l’envie encore plus forte d’aller chercher encore plus loin au fond de moi cette lumière unique que j’expose dans mes photos. L’artiste offre au monde une dimension de la vie que l’esprit ignore, tandis que le copieur ne donne rien, il est stérile.
    Amitiés
    Roland

    • Cathy Bernot

      Bonjour Roland,
      Merci pour ton témoignage ici ! 😉
      Oh, j’ai justement vécu cette expérience d’être invitée à exposer mes « Arbres Bleu Garance » pas très loin de quelqu’un qui par le plus grand des hasards, travaillait souvent les mêmes sujets que moi de la même façon. Et qui avait là une expo d’arbres abstraits très proche. A l’accrochage, j’étais très mal. Je ne voulais pas le moindre lien avec cette personne. Très vite, je me suis rendue compte que cette personne rasait les murs, restait dans son stand, m’évitait. Et ça m’a vraiment fait avancer : oui, copier c’est faire mal à l’autre, mais surtout à soi. C’est s’interdire de s’épanouir. C’est se cacher, et au lieu d’être fier de son travail, vivre dans un entre-deux très inconfortable. Comme quoi toute expérience, même la plus désagréable, reste une expérience, et c’est à nous de choisir comment la vivre : en travaillant sur ce qu’elle réveille en nous pour avancer, ou en demeurant immobile, bloqué.e dans la rumination.
      Je n’irais pas jusqu’à dire que ces plagiats sont une chance pour avancer et se recentrer sur soi et sa singularité… Mais au fond, peut-être ? ☺

  • Léopold Havenith

    Bonjour Cathy. J’ai lu avec attention et respect ce que vous venez d’écrire. Si je comprends profondément ce que vous dites, je me dis qu’il faut distinguer les personnes et leurs oeuvres. Au temps où je faisais de la photo, j’ai connu l’une ou l’autre personne qui « signait » des photos que j’avais faites. Je ne vais pas m’étendre sur ce sujet puisque tout le monde comprend qu’il s’agit de vol. Il y a eu aussi ceux qui publiaient sans références d’auteur (beaucoup plus fréquent). Jusque là, tout le monde comprend notre colère et notre frustration même si les photos « volées » n’étaient pas spécialement exceptionnelles !
    Parce que, en photographie, il y a une chose que j’ai apprise c’est la modestie des très grands photographes de nature, ceux qui font passer leur ressenti et créent en vous une nouvelle image avec d’autres ressenti. Quand j’ai découvert vos oeuvres j’ai été subjugué, impressionné et réjoui par ce que j’ai découvert. Peut importait, au début, la technique, c’était la lumière qui transcendait, la douce couleur qui réchauffe. J’ai eu la joie de publier certaines de vos photos et, aujourd’hui, lorsque j’en redécouvre une (encore récemment dur FB) j’ai un « ouaw » intérieur qui me fait sourire. Ce que j’essaie de dire c’est que ceux qui regarde nt et acceptent l’échange image/esprit, ceux qui acceptent de se laisser remplir par le beau, ceux-là n’ont que faire des « copies-piratages-plagiats » ! Mais par contre, je crois que nous ne sommes jamais des artisans de création. Comme vous le dites au tout début de votre article, nous sommes profondément influencés par ce que nous avons vu, par notre histoire, nos sentiments, nos amours. Nous ne créons rien, nous dévoilons notre amour. Merci en tous les cas de tous ces amours à travers vos OEUVRES.

  • Maussion Didier

    Quel plaisir de lire ce texte si bien écrit avec le cœur ! Je ne comprends pas la nature humaine qui vole une photo, un texte juste pour se glorifier ! avoir des milliers de likes ! Être reconnu . Quand j’ai commencé ma série sur les collemboles … on m’a dit déjà vu ! On me donnait l’impression que je copiais d’autres photographes ! Alors que je n’ai jamais essayé de copier un autre photographe ! je fais mes photos avec mon cœur et ma sensibilité !
    Il y a quelques semaines on me demandait quels photographes m’inspiraient : Quand j’ai répondu qu’il avait trois grands photographe dont je m’inspirais à la citation des noms ils ont été très étonné !
    J’aurais pu dire Emmanuel Graindépice, Jean pierre Bertrand etc…
    Le premier photographe de talent que j’ai cité c’est toi ! j’ai toujours été admiratif de ton travail !
    C’est créatif , plein de sensibilité , de poésie ! tu sais capter la lumière et la peindre avec son ambiance !
    Tes photos sont à ton images et tes livres d’artistes des petits bijoux de création !
    le deuxième photographe c’est Stéphane Hette , je suis fasciner par la beauté graphique de ses photos et la poésie qui s’en dégage !
    Le troisième photographe c’est Vincent Munier , il sait donner vie à une photo , photographier la vie animal avec tellement de sensibilité !
    Alors Oui je suis peut être un copieur qui se nourrir de ces magnifiques créations !
    Quand je réalisé une photo , il y a mon cœur ma sensibilité qui me parlent ! mais aussi Vos photos qui on touché mon cœur et aussi des musiques , des peintures .. tout un univers .
    C’est vrai que ca fait mal ! quand des personnes à qui on accordait une certaine confiance !
    C’est vrai qu’on peut passé pour des râleurs ! mais une photo c’est plus qu’un simple clic clac … c’est aussi une partie de nous , nos créations de cœur !
    Quand on est sensible ! celà nous touche encore plus !
    Bon weekend
    Amitié
    Didier

  • Florent CARDINAUX

    Bonsoir Cathy,

    je viens de lire ton texte sur le plagiat qui résonne puissamment en moi, puisqu’entre autres il m’a conduit à mettre entre parenthèses le métier de photographe que je chérissais le plus au monde. J’ai beaucoup été confronté à cela, jusqu’à me faire prendre ma place par un photographe dans un grand festival qui faisait les mêmes images que moi au crépuscule alors que je sortais un livre. Quand tu construis peu à peu un sujet, que tu découvres des choses nouvelles, les façonnes dans ton coeur, dans ton âme pour avancer sur des chemins nouveaux, tu as la sensation d’apporter quelque chose au monde. Ceux qui regardent tes images, celles que tu partages sur les réseaux, ressentent aussi cela et veulent emprunter les mêmes chemins, pas toujours dans l’intention de nuire d’ailleurs. Mais le résultat est là et je pense qu’il y a une autre voie à envisager dans ce cas : le silence, à savoir ne plus montrer les travaux en cours, tout dévoiler au dernier moment. C’est la seule solution à mon sens. Il y a trop de photographes, trop d’images, trop de tout, chacun veut sa place d’artiste au soleil. Mais revenons sur terre, tout cela est en train de s’effondrer avec la crise actuelle, toutes ces choses futiles et pourtant essentielles vont disparaître, la photographie d’art en fait partie. Il faut arrêter avec cette manie de nos jours, tout le monde se croit artiste, pour moi très peu de gens le sont, jusqu’au plus profond d’eux, il y a une trop grande vérité et profondeur dans l’art pour que cela soit si commun. Quelques réflexions qui ne pèsent pas grand chose dans le monde actuel. Bises et bon chemin de lumière à toi.

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