Je me perds… #Confidences

Se perdre... Confidences et création

En mouvement par nature

Je suis en train de me perdre. Il y a une dizaine d’années, j’ai quitté un « vrai métier » où je n’étais pas à ma place pour une existence pleine de surprises. De belles surprises, du stress, beaucoup, et l’excitation d’une vie à construire entièrement seule. J’étais en mouvement. De ce mouvement qui me fait me sentir vivante. J’ai fait plein de choses, depuis ! Peinture, écriture, puis la photo qui a vite occupé tout l’espace professionnel, la botanique, l’entomologie, les plantes sauvages qui soignent et qui nourrissent, le yoga, les livres d’artiste… Dans le même temps, j’ai aussi du éponger quelques tsunamis émotionnels, qui m’ont propulsée sur une autre planète. Encore du mouvement. Comprendre des choses sur soi, sur le monde qui m’entoure. En chemin vers qui je suis. Certains trouveront que je suis de la famille des papillons croisés cigales. Et alors ? Oui, j’ai besoin de papillonner. J’ai besoin d’avoir 10 projets pour peut-être n’en mener qu’un seul à terme et sourire aux 9 autres. Ce bouillonnement intellectuel crée le mouvement dont j’ai besoin pour me sentir à ma place, et surtout pour m’émerveiller d’être en vie, là, ici et maintenant. Et dans tout ça, qui suis-je, au fait ? Aujourd’hui, je suis artiste. Autrice photographe nature, spécialisée en macro et en photo liée au mouvement, et créatrice de mes propres livres d’artiste.

La photo Waouh…

Déjà beaucoup de choses dans mon panier. Et pourtant, je suis en train de me perdre. Car il y a une chose fondamentale dans ma vie, dont je n’ai pas encore parlé : c’est l’émotion. Faire les choses avec le coeur. Avec ce sentiment doux et profond d’être à ma place, non pas arrivée quelque part, mais en route, sur mon propre chemin. Mon monde, la photo nature d’aujourd’hui, prend un tournant qui a parfois du mal à me faire vibrer. J’aime l’élégance, la retenue, la photo inventée en pleine nature, la curiosité à l’égard de cette même nature. Trop souvent, je vois des jeunes photographes pleins de talent céder à l’attrait de cette fameuse photo Waouh parfaite, ripolinée, qui contient tout : bokeh d’enfer, avec des ronds, ciel étoilé, heure bleue, lune si possible, ou à défaut,un soleil rouge, sujet juste parfait, populaire, c’est évident (Le slogan : « A bas les charançons ! Vive les machaons !!! » m’attriste) pas un « défaut », pas une surprise. Une photo « parfaite ». Toute lisse. Bien trop pensée avec la tête et pas assez avec le coeur. Une photo vide. Sans émotion. Juste le désir de plaire, qui certes est tout à fait louable et est en chacun de nous, mais qui ne se substituera jamais au risque que prend celui qui sort des sentiers rebattus par les likes.

« …Parfois, l’émotion est douce. Parfois, elle dérange. Mais dans tous les cas, elle est vivifiante… »

La solitude et la création

Comment le dire simplement ? Une photo réellement créative, nouvelle, artistique, a toutes les chances de ne pas plaire sur les réseaux. Dans un premier temps. Car elle surprend. Remet les canons esthétiques en perspective. Redessine le monde autrement. Alors qu’une photo esthétisante comme on en voit tant plaira à tous, mais ne changera le regard de personne. Les photos qui me font vibrer viennent du coeur de leurs auteurs. Cette vibration, ce choc artistique, est un shoot émotionnel d’une intensité folle. Un partage d’émotions de coeur à coeur, par le biais d’une simple image. Parfois, l’émotion est douce. Parfois, elle dérange. Mais dans tous les cas, elle est vivifiante, nourrissante, et nous embarque ailleurs.

C’est difficile, de demeurer dans cette zone de création. Impossible, je crois, d’y être en permanence sans sombrer dans l’épuisement. Mais l’on peut tenter d’y être de plus en plus souvent. En acceptant de prendre des risques. D’être seul(e) quelque part, avec un regard différent et beaucoup de travail en amont.

Je ne veux pas me perdre dans ce dédale de photos attendues, construites par le désir de briller dans le regard de l’autre. Je suis sincèrement convaincue qu’il est beaucoup plus nourrissant pour soi, pour notre vie intérieure, d’aller vers une photo (ou tout autre art) qui vient de nous, de notre coeur. S’émerveiller, se laisser inspirer par la nature, oser être soi-même en proposant un sujet, une approche, encore inédits, non pas pour cumuler les likes, mais par désir (besoin ?) de partager une émotion vécue dense et singulière.

Oser la singularité

Lorsque j’ai commencé à proposer des stages, j’ai inclus dans mes formations ce pan de l’acte de création : comment oser une photo singulière. Bien sûr, j’apprends aussi tous ces outils qui font rêver les photographes débutants (faire du flou, le bokeh…). Ils sont indispensables, le travail est indispensable, pour conserver une liberté de créer. Mais je leur garde cette place d’outils, que tout le monde peut acquérir assez facilement, tout compte fait. En revanche, oser s’affranchir de ce qui est convenu est beaucoup plus délicat à appréhender. La pléthore de stages qui vendent tel sujet rare avec tel bokeh fabuleux fait de surimpression et de perlimpinpin m’inciterait même à penser que courir après ce type d’images, c’est se perdre. C’est perdre sa singularité. Et donc perdre le fil pour photographier avec le coeur.

Je ne veux pas me perdre. Je veux construire ma vie avec le coeur. Et mon coeur bat un peu plus vite aujourd’hui, lorsque j’envisage de m’éloigner des stages photo classiques, pour aller vers autre chose. Proposer un espace, des outils, pour oser être soi. C’est ce que j’ai initié un peu plus formellement dans le cadre des stages photo «Nature en lien». Ces stages sont à chaque fois une expérience intense. Où l’on entend ce besoin propre à chacun d’être, de trouver sa place, de nourrir une photo plus intuitive, plus inspirée par la nature et moins dictée par les tendances du moment. Aider l’autre à créer, en photo, et pourquoi pas, dans sa vie, est un pari un peu fou. Mais c’est là que j’ai envie d’être. Dans la douceur. Car quitter une zone de confort pour aller vers sa propre singularité n’est pas simple. Je suis passée (et je passe encore) par des étapes plus sombres que d’autres. Mais au final, être sur son propre chemin enlève tellement de souffrances conscientes ou inconscientes.

« …non pas arrivée quelque part, mais en route, sur mon propre chemin… »

Retour au blog ?

Et voilà que je retrouve mes travers de blogueuse bavarde : quel long texte ! Où je me livre un peu plus que d’habitude : merci aux courageux qui vont jusqu’au bout ! J’ai décidément très envie de revenir au blog. je n’arrête pas de le dire 😉 Je m’y retrouve davantage. J’avais aussi envie de partager avec vous ces nouveaux projets : je n’abandonne pas la photo, loin de là ! Elle fait partie de ma vie, elle est ma respiration.  Mais je délaisse un peu les festivals et je suis en pleine réflexion pour alléger mon programme de stages photo habituels et proposer quelque chose de nouveau, qui ne se limite pas à la photographie, mais à la création de sa vie. Aider à renouer avec soi, à remettre du mouvement là où l’on n’arrive pas à bouger. La nature en toile de fond de ce projet, bien sûr. Elle est capable de nous soigner mieux que n’importe qui/quoi. Cela prendra du temps : je suis plutôt lente à oser sortir de ma zone de confort (ah, ce foutu sentiment d’illégitimité 😉 ). Mais je voulais le partager avec vous aujourd’hui. J’ai aussi très envie de me remettre à écrire (j’ai déjà commencé, en réalité ! ). Tout ça va me conduire à prendre un peu de recul par rapport aux réseaux sociaux et à diminuer sans doute mes propositions de stages l’année prochaine. La vie est décidément une aventure ! Et je suis heureuse de partager ce petit bout de ma vie avec vous ici aujourd’hui 🙂

A bientôt ! Et merci à toutes et tous d’être là, à me lire, certain(e)s depuis… 10 ans ???? Ce blog serait-il la marque de la permanence dans l’impermanence ? 😉

34 commentaires sur “Je me perds… #Confidences

  1. Je partage, en parallèle, un bout de ce chemin que tu décris si bien, et différents et semblable par certains aspects. Merci de ce partage intime.
    Je suis aussi fatiguée par ce vide sidéral que je ressens de plus en plus intensément lorsque je navigue sur FB principalement… Le retour au blog est une super idée…Merci Cathy

    1. Coucou Claudie,
      Merci à toi d’être là, sur mon blog 🙂 Oui, tout ça est fatiguant, comme tu le dis. Du vide, et une impression de ramer à contre courant. Je n’y arrive plus, personnellement. Et je vais de plus en plus là où je sens que mon coeur bat plus vite. ça n’est pas plus facile, mais c’est beaucoup moins souffrant, au final. Et surtout, on s’y reconnecte à soi.
      ça me fait peur, d’être comme ça, à toujours aller dans des trucs que j’invente plus ou moins 😉 Mais ça me donne le sentiment d’être en vie 🙂
      Bises et à bientôt 🙂

  2. Bonjour Cathy,

    quel beau texte, je te rejoins dans ta vision de ce que sont devenus pour beaucoup les stages photos, une course aux « Like » ou à la photo « parfaite », avec au bout du compte la même photo pour tous les participants …

    J’essaye depuis peu de photographier avec mon regard sans me soucier du reste, mes photos, loin d’être parfaites, sont le ressentis des émotions que je ressens en parcourant la nature. C’est pour cela que je ne publie presque plus sur les réseaux sociaux …

    Ayant participé à un de tes stage au lac du Der, je peux te dire que ceux-ci sortent du lot grâce à ton approche plus personnelle et surtout beaucoup plus riche en émotions.

    Merci pour ce partage et belle journée.

    Xavier

    1. Hello Xavier,
      Oh, merci beaucoup pour ton retour sur le stage ! Cela me touche beaucoup, et j’ai un très bon souvenir de votre présence. Car ces moments sont de réels échanges, pour nous : on reçoit tout autant que l’on partage. Alors, merci à toi ! 🙂
      Oui, ça n’est pas simple de se soustraire au désir de plaire au plus grand nombre. Car au fond, on cherche tous un endroit où l’on se sent compris, reconnu. Mais pour l’atteindre, je crois qu’il faut réellement oser être soi. Avec les moments de solitude que cela implique. C’est seulement là que l’on se sentira en vie et à sa place. A trop vouloir des likes, certains se perdent dans ce que l’autre attend de nous, de nos images. Et cela aboutit à ces sentiments de frustration, de colère parfois, de désappointement, si perceptibles sur les réseaux.
      Bref, au final, comme toi, je publie peu de nouveautés et j’essaie de me déconnecter au maximum de cette comptabilité des likes 😉
      Une belle journée à toi ! 🙂

  3. Merci pour ce message poignant; seuls quelques-uns peuvent comprendre l’ampleur du moi intérieur.
    Dans cette société, tout le monde recherche de la REconNAISSANCE, engendré par la difficulté de s’y retrouver; ce qui est important, c’est la RENAISSANCE, et certainement pas les réseaux sociaux, qui ne valorisent que l’EGO.

    1. Merci ! 🙂 Je suis désespérément optimiste : je crois qu’au fond de chacun, il y a cette connexion à notre moi intérieur, à notre âme d’enfant, quel que soit le nom qu’on lui donne. En revanche, y accéder n’est pas simple et pas possible n’importe quand. On peut essayer, retomber dans les affres de ses anciennes façons d’être, puis retenter, encore et encore, au fil des rencontres, des changements, des opportunités. Et puis un jour, on arrivera peut-être à se connecter un peu + à ce moi intérieur. A petits pas. Parfois en rechutant. Mais au final, en avançant jusqu’à se retrouver soudain seul(e) sur la voie de sa propre vie. Ni rose, ni noir, ce parcours. Compliqué, mais juste et en accord avec notre coeur.

  4. Vu sur les réseaux sociaux et lu ici. Beaucoup de bien à lire ce texte dans lequel on se retrouve en partie ou totalité. La quête est souvent plus importante que le but…

    1. Oh, je te rejoins à 100% ! Ne regarder que le but, c’est chercher l’immobilisme, dans un monde où tout change tout le temps. Par contre, suivre son chemin, avoir les yeux ouverts sur le monde, accepter d’être en route, et pas arrivés, accepter de se tromper, de prendre des virages, est bien plus enrichissant !

  5. Je me retrouve complètement dans ce que tu as si parfaitement exprimé Cathy, pas surprenant car je pense que nous avons beaucoup de points commun, à part le physique évidement… 😉

    Bref soyons un peu sérieux !

    Quand on est artiste, c’est-à-dire un vrai artiste, (ma définition très personnelle étant, celui qui peut devenir SDF du jour au lendemain), parler de cette quête sans fin de la recherche d’émotion est loin d’être un exercice facile. Dans ma discipline, le dessin, je suis en perpétuel recherche de cela. Comment capturer cette chose immatérielle et si fragile, cette émotion que nous ressentons, et surtout comment la restituer plus ou moins intacte. Car notre fonction d’artiste c’est exactement ça, susciter de l’émotion chez les autres, donner vie à une œuvre pour quelle transmette une émotion. La quête suprême étant l’éternité. Da Vinci sort de mon corps !!!! Bordel !!!

    Avec l’expérience, et toujours dans ma discipline j’ai fini par avoir des recettes qui fonctionnent plus ou moins à tous les coups. Enfin à en croire les milliers de likes que je reçois.

    Quoi ! mon ego ! qu’est-ce qu’il a mon ego ! te plais pas !?

    Néanmoins, tu l’exprime aussi parfaitement dans ton texte.
    … « à renouer avec soi, à remettre du mouvement là où l’on n’arrive pas à bouger » …
    Sans prise de risque, sans se mettre en danger, on finit par ne plus se mettre en condition pour capturer cette émotion, tout est tellement si parfait que ça en est parfaitement ennuyeux. D’où mes nombreux coup de gueule à ce sujet…

    À chaque coup de crayon je m’efforce de ne pas basculer dans ce travers. Et c’est ce que je m’évertue à montrer dans mes partages, que j’en chie vraiment, des fois… Et y’a un moment où cette difficulté bascule et laisse la place à l’émotion, tu sais que tu la tiens, toute la difficulté étant de ne pas l’étouffer avant d’avoir fini.

    Alors il y a une autre discipline, que je maitrise beaucoup moins bien que le dessin, et de ce fait où je me sens plus proche de ce risque à prendre, car il s’impose de lui-même vu mes lacunes. Plus besoin de lutter contre mes facilités, contre mes routines… Cette discipline que tu connais bien mieux que moi, c’est la photo…

    Faire des photos imparfaites est pour moi un don inné, si ! si ! j’assume cette prétention… C’est le don de se dire que l’on ne peut pas tout maitriser dans la vie, en général et particulièrement dans une démarche artistique. J’appelle cela des accidents…

    Je cultive d’ailleurs mon amateurisme, c’est aussi le cas dans une autre passion, celle de la pêche à la mouche que je pratique beaucoup moins aujourd’hui.

    Tout ça pour dire que tu es une artiste rare, une vraie, une qui se pose les bonnes questions…

    Alors surtout, continue, et si en plus tu peux le transmettre à d’autres… bravo 😉
    Bises… Marcello

    PS : chouette moment d’intimité, j’espère que personne ne va lire …

    1. Alors là, Marcello, un grand merci pour ton très beau témoignage ! Touchée au coeur…. Vraiment ! Et comme tes mots raisonnent en moi. Oui, ce fil plein de tentations, cette peur du vide, alors qu’on a déjà tant donné pour construire un truc, trouver son style, se faire sa place, est effrayant ! Et excitant, aussi.
      Et ce rapport à l’imperfection, si important ! La perfection tend-elle vers le « lisse » ? Non, je ne crois pas,au contraire ! Mais c’est aussi une question qui me dévore. En photo, il y a un avantage, par rapport au dessin : je capte l’imperfection de la nature. L’inattendu. Et c’est d’ailleurs ça qui crée l’énergie : je cherche une certaine photo, et voilà que la nature facétieuse m’embarque ailleurs à mon insu, avec l’impossibilité de refaire, et donc avec ce lâcher prise obligé quant à mes attentes et cette acceptation de ce qui est. Alors qu’en dessin/peinture, avec ce rapport au temps différent, qui permet de revenir encore et encore sur son ouvrage, la notion de « parfait » est plus compliquée à appréhender pour moi qui ai du mal à lâcher prise. Et puis, en dehors de ça, je suis beaucoup plus nulle en peinture qu’en photo :p
      Et tu sais quoi ? Pendant que j’écrivais sur « les images qui me vont droit au coeur », j’avais les yeux de « ta » Romi plantés dans les miens <3 Et je songeais à quelques artistes de ma connaissance, dont toi et Stéphane, qui arrivent à atteindre ce point si compliqué d'avoir un style très identifiable et de garder cette corde de l'émotion vibrante. Chapeau bas, les artistes ! <3

  6. Merci Cathy pour ce blog plein de véritables sentiments et à cœur ouvert. Je te comprends tellement que ça peut faire peur. Nous avons chacun notre chemin et ne sommes pas toutes ou tous au même endroit… mais une chose est sûr, enfin pour moi, tu m’ouvres la voie et m’aides à me trouver et je t’en remercie.

    Quelle épreuve de quitter sa zone de confort… mais c’est une expérience tellement enrichissante et qui peut bouleverser ses croyances. Pour ma part, je ne suis qu’au début mais je ressens le besoin de faire autrement pour moi sans attente du regard de l’autre, si souvent secrètement espéré
    Que ce soit la plume, la photo, le crayon…. tout ça n’est qu’un médium pour s’exprimer et avec le temps je comprends que la beauté du résultat passe avant tout par son soi intérieur, son émotion …. quelle mise à nu tout de même mais quel bien être après.

    Le 1er stage au Lac du der a fait son chemin… tout doucement, mais une piqûre de rappel et un enracinement de ses bienfaits et pour moi essentiel, raison que j’y retourne prochainement. Sans être différente, je le suis tout de même, avec ce sentiment de ne rien attendre et de bienveillance, j’ai hâte de reexperimenter cette ouverture à la nature et plus encore à soi….
    Si FB n’est qu’une vitrine avec son appétence au « live »… et tous les travers de montrer une image bien loin de soi…. je le remercie de m’avoir permis de te rencontrer et d’avoir oser aller plus loin ….

    1. Coucou Christine,
      C’est à moi de te remercier de ta confiance, et d’avoir pris le risque de venir ! 🙂
      Oui, sortir de sa zone de confort est toujours compliqué. Perso, je ne m’y habitue pas. Mais au fond de moi, je sais que c’est la seule solution pour me mettre en mouvement, et ne pas tourner en rond. Sans ça, j’ai l’impression de m’étioler.
      Et comme tu le dis si bien, « tout ça n’est qu’un médium » pour se mettre à nu et partager ce que l’on est vraiment. Trouver les endroits hors zone de confort, où l’on peut expérimenter des choses sans pour autant se mettre en réelle insécurité, puis petit à petit, découvrir que tout ça nous fait avancer sur un chemin tout nouveau, et qui nous appartient.
      A bientôt avec grand plaisir !
      Bises

  7. « Le sentiment d’illégitimité »…
    Une courte phrase pour le résumé d’un sacré boulet au pied.

    Merci pour ce texte.

    Je me disais hier que je créais pour rien.
    Je n’ai pas fait d’ecole D’art.
    Je n’ai pas de propos, pas de discours, pas spécialement de lutte.
    D’ailleurs je ne crée pas je reproduis sagement bien rangée dans un domaine techniquement maîtrisé. Je dessine pour des sourires, je dessine pour des likes, je dessine car sans le dessin je suis une boîte vide, je dessine pour ne pas être seule… Je suis une boîte vide.

    1. Coucou Hélène,
      Ah oui, s’embarquer dans des trucs nouveaux avec toujours ce sentiment que je ne suis pas prête et que les autres sont plus légitimes : toute ma vie 🙂
      Depuis peu, j’ai accepté que cela me constitue. Du coup, je sais que pour un bon moment encore, toute mise en mouvement passera par ces sentiments que je laisse glisser autant que possible, sans me laisser impacter. Cela complique les choses, mais ça finira bien par s’estomper… Ou pas ???
      Créer pour rien, c’est énorme. L’acte de création inconditionnel, juste parce que créer dévore le coeur et le cerveau. Créer simplement pour se remplir de soi. C’est tout ce qui compte. Tu es tellement dure avec toi ! Alors que tu es tout simplement à ta place. Le plein, le vide, pas d’importance. Du coup, tu ne sombres pas dans l’habitude, mais tu fourmilles d’énergie. Et puis, le discours est totalement inutile, lorsque l’oeuvre est parlante : c’est le cas de tes dessins ! Bref… Tu es légitimes et même plus. Tu es une belle artiste. Faut juste accepter de l’entendre 🙂

  8. Un véritable manifeste ! J’aime beaucoup ton texte plein d’émotion, riche de tes réflexions. Tu as bien fait de le partager ici, c’est un présent qui fera du bien à beaucoup d’entre nous, merci Cathy 🙂
    Bonne soirée…

  9. Bravo Cathy pour ce texte, et merci.
    Je me retouve à 100% dans ce que vous exprimez. La photo comme un simple moyen d’expression. Pour exprimer nos émotions. La photo qui ne montre pas quelque chose de vu, mais qui dit quelque chose de moi.
    Et cet acte de création fait parti du mouvement de notre vie, sur un chemin qui méne quelque part, dans un univers de vibrations ….
    Et ce n’est jamais facile. Etre capable sans cesse de se remettre en question pour laisser advenir ce que nous ne savions pas que nous portons en nous ….
    Encore merci, Cathy.
    Roland

    1. Merci à toi, Roland, pour ton commentaire !
      Oui, « l »acte de création fait parti du mouvement de notre vie… » !
      Pour ma part, je photographie un peu différemment : je montre ce que j’ai vu, reçu. Je me considère comme un simple transmetteur. Je développe une hypersensibilité à ce qui m’entoure, et quelque part, je disparais dans tout ça pour devenir passeur d’émotion la plus brute possible. Et là, je me rends compte que je rejoins le témoignage d’Hélène ! Car au fond, je ne veux pas parler de moi mais de ce qui est en dehors de moi dans des moments d’intense intimité, de ce qui m’a fait vibrer, de ce qui m’a ému aux larmes.
      Belle journée !

  10. Bonsoir Cathy
    Je fais suite dans les commentaires à Roland que je connais bien et dont le travail me touche autant que tes oeuvres. Quelle mise à nue, quel courage, quelle humilité. Tes mots résonnent si bien dans mon être tout entier. Comment arriver à être soi dans la simplicité d’accepter sa différence ? C’est tout un chemin, long, difficile et tellement réjouissant quand enfin on arrive à transformer ses émotions par l’acte de création. C’est si difficile de se dire que notre singularité est notre essence même. Et tant pis si on ne « colle » pas à ce qui plait, à la mode du moment. Ton travail ne m’ennuie jamais car il est tellement éloigné de bon nombre de clichés aseptisés , parfaits dans la technique, académiques.
    Faire des photos singulières, se sentir libre pour créer son propre univers, quel bonheur ! C’est justement là le début de son propre chemin et de la rencontre avec son soi. Quelle belle idée ton blog ! Un grand merci pour la richesse de tes propos qui font écho et pour le partage. Je t’embrasse.

    1. Coucou Anita,
      C’est toujours un bonheur de te lire (et oups ! Toujours pas trouvé le temps de te répondre par mail …)
      Merci beaucoup pour ton petit mot et oui, devenir qui on est, partir à la découverte de notre moi intérieur, est l’expédition de toute une vie ! L’acte de création y participe, si l’on ose la solitude de l’artiste. Et tant pis pour le reste, les grincheux, les conventions… 😉
      Je t’embrasse et belle continuation dans tes projets ! 🙂

  11. Hello Cathy,
    Ce qui est important est de trouver sa voie et son propre bien être. D’être en connexion avec la nature et soi même. Les vraies valeurs qui nous épanouissent et nous font vibrer. Tu as su prendre les chemins , parfois de travers, qui ont fait ce que tu es à présent.
    Ne change rien, on t’aime comme tu es…
    Bisous.
    Rapha et Nono. 😉 🙂

  12. Coucou Cathy ,

    Quel beau texte avec toute ta sensibilité ! Je me retrouve dans ce que tu as écris … Etre créatif , parler avec son cœur , ses émotions ! Ne pas chercher la photo aux milles likes , ne pas cherchez à faire le plus beau bokeh … juste être en Harmonie avec la nature ! pour Moi tu es une grande artiste ! une belle personne toute en sensibilisée . Tes photos , tes livres d’artistes sont des petits bijoux fragile comme une émotion !
    Tu es une vrai artiste qui n’a pas peur de se remettre en questions !
    Bisous
    Didier

  13. Bonjour Cathy,
    Merci pour ce partage du coeur… je me retrouve dans tes pensées si bien exprimées ! Elles résonnent profondément en moi et me renvoient à mes propres sentiments et questionnements intérieurs sur le sujet de l’artiste, sa place dans le monde, la mienne dans ma pratique des arts et bien plus encore !!
    J’aurais aimé pouvoir te rencontrer et échanger avec toi sur le mouvement ! (qui est tout simplement LA VIE)
    Et je dis un grand OUI au blog qui se veut être le chemin de traverse à côté de l’autoroute Facebook et compagnie !!! ^^
    Salutations du Québec et bonne suite à toi !
    Céline

    1. Coucou Céline,
      C’est toujours un bonheur de te lire et de t’imaginer si loin ! Distance qui hélas effectivement complique la rencontre dans la vraie vie 😉 Un jour peut-être, qui sait ??? Cela serait avec plaisir !

  14. Bonjour Cathy Bernot, je vous suis depuis quelque temps déjà et j’ai été très touchée par votre texte… Je ne suis pas photographe (et je le regrette 😉 juste une peintre amateur qui « barbouille » quand elle le peut et qui apprécie vos travaux et votre recherche. Je vous rejoins complétement dans vos propos. A notre demande, nous faisons partie de groupes divers où sont partagées photos, toiles… les œuvres « wahou » – Personnellement, je m’interroge (et je me pose la question depuis un certain temps (serais-je en mode diesel ? 😛 ) n’est-on pas entrain de s’enfoncer dans une société superficielle de l’immédiateté où seuls comptent les « j’aime » / « j’aime pas » ? Je ne vais pas philosopher là dessus, mais je pense néanmoins, comme le dit MARCELLO PETTINEO, nous avons une quête qui nous est propre à tous, « artistes » petits et grands, c’est la recherche de l’émotion, du partage et surtout du plaisir , -plaisir de peindre, plaisir de photographier, plaisir d’écrire … en adéquation avec nos valeurs … 😉 La création c’est avant tout du plaisir, mais très souvent .. c’est douloureux !! : toile blanche, manque de créativité, d’inspiration … période de doutes car on a l’impression que tout a été fait ! et tellement mieux fait 😉 .
    Alors … prendre un peu de recul ? c’est tellement vrai ! .. ça ne nous fera pas vivre, certes, mais au moins ce que l’on fait, on le fait parce qu’on aime le faire et on le vivra tellement mieux …
    Au plaisir de vous lire et à bientôt

    1. Remerciement très tardifs (désolée) pour votre commentaire, qui me va droit au coeur, et me conforte dans al douceur à poursuivre ma route dans ce sens. Merci !

  15. J’ai lu avec tellement d’attention les commentaires et tes réponses Cathy. Wouah ! Quels chocs certains m’ont infligé. J’y viens et j’y reviens. Je me gave et me remplis de ces mots que je cherche à comprendre et à admettre comme naturels : le doute, l’illégitimité, l’abandon, le vide, le plein, l’acceptation, le lâcher prise……… On est drôlement chanceux, nous autres, ceux qui nous posons ces questions, ceux qui nous laissons appréhender par tant d’incertitudes, car nous sommes de grands artistes, artistes de nos vies et uniques. Un grand merci à tous ceux qui se sont dévoiles et qui ont osé.

  16. Bonjour Cathy et merci,
    Merci pour cette belle réflexion. Elle traduit également mon sentiment par rapport à notre art. La photo singulière et avec elle, la démarche qu’il faut amorcer ou alors dans laquelle il faut persévérer.
    Quitter sa zone de confort, être à l’écoute de ses aspirations, aimer être, oser être, … autant de valeurs que je partage et qui ne peuvent que nous permettre de nous sentir heureux et créateurs.
    En te lisant, je me rends compte que le chemin est encore long mais tellement plaisant.
    Ayant constaté ton enthousiasme à chaque fois que nous nous sommes vus, je me dis que je risque encore d’être étonné devant tes créations. Je m’en réjouis. Et puis … las de ces expos qui se ressemblent, qui ne consistent qu’à ressembler à ce qui a déjà été trop souvent présenté.
    Je t’avouerais que j’ai également le sentiment de me perdre. Ton blog m’aide cependant de reprendre les rênes et de me dire que j’ai bien fait de prendre ce tournant magistral dans ma vie.
    Donc merci encore, Cathy.
    Frédéric Debilly

    1. Coucou Frédéric,
      Oh, merci à toi !
      Oui, notre dernier échange était riche et dense, et parlait de tout ça, au fond. Tout ça, c’est avant tout se découvrir soi-même et oser ! Non pas sans peur, mais avec cette peur qui vrille parfois le ventre, mais qui a le mérite de nous rappeler que nous avançons hors de notre zone de confort sans surprise.
      Bonne route ! 🙂 Et au plaisir de poursuivre la discussion

  17. J’ai cette page ouverte dans mon lecteur depuis que tu l’as publiée. Je la lis, je la relis, je lis les commentaires.
    Et puis est venu le corona.
    Et je me dis qu’il est temps de la relire à nouveau.
    Peut être nous permettra t-il de nous retrouver ? En tout cas il a fait changer les priorités…

    1. Oh, je me suis fait la même réflexion. Impression d’avoir écrit ça dans une vie antérieure. J’ai eu le désir de revenir au blog pour des articles de ce genre, revenir à la pensée posée dans la durée. Et voilà qu’en une fraction de temps, je suis propulsée dans d’autres sphères, dans une écriture presque thérapeutique, de partage et d’échange autour d’un scénario tellement invraisemblable ! Oui, changer de priorité et revenir plus que jamais à des valeurs essentielles.

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