Prologue : en attendant les émergences…

Petit florilège de ma dernière sortie photo. j’ai eu envie de partager avec vous ce moment, mais aussi de donner la parole aux modestes et aux mal aimés qui hantent les berges, et demeurent souvent invisibles aux capteurs des photographes tout occupés à traquer la grosse libellule ou le papillon.


J’arrive au bord de l’étang. C’est toujours excitant, de découvrir un lieu inconnu ! Encore plus lorsque l’on sent dans l’air quelque chose de nouveau. Du soleil. De la rosée scintillante. L’aubépine qui diffuse ses fragrances à la brise légère. Et puis aussi ces infimes signaux du grand bouleversement sur les berges : les insectes sont là, nombreux,  encore endormis ou tout prêts à sortir de l’eau. Éphémères, sialis, libellules bien sûr, mais aussi moustiques et tant d’autres frémissent d’impatience dans la vase, à l’idée de quitter enfin ce monde aquatique qui les a dorlotés parfois des années pour une brève vie aérienne !

etang-libellules

Au loin, un couple de canards s’invective. Quelques foulques se chamaillent sous l’œil emplumé de roux de leur progéniture respective. Une aigrette blanche s’envole à mon arrivée. Oh, et un peu plus loin, voilà que deux grèbes huppées entament un ballet nuptial ! Le bonheur est parfois à portée de main. Pour moi, il est chaussé de bottes en caoutchouc. Mes bottes de 7 lieues m’ancrent dans cette terre molle qui joue à me ralentir et menace de m’engloutir, parfois. J’hume l’air. J’évalue la ronde du soleil. A l’instinct, je me décide pour quelques mètres de l’autre côté de l’étang. J’avance à pas bourbeux. Une libellule à 4 taches s’envole, les ailes toutes brillantes, à ma gauche. Mon coeur s’accélère : elles sont bel et bien là ! Les premières libellules. Les premières émergences !

juin-juillet2013 009-2Seulement, savoir n’est pas voir ! Et trouver une émergence, c’est un peu comme retrouver une botte en caoutchouc avalée par un vaste marécage.  Alors, je me fie à mon expérience. Je me dis qu’elles doivent être par là. Et puis, plutôt que de fouiller partout avec frénésie, et écraser au passage bien trop de végétation sur la berge, je m’immobilise. Accroupie les pieds dans la vase, le nez à hauteur des feuilles vert tendre des carex transpercés d’un soleil encore rasant, je fouille du regard le rideau végétal. Alors que l’endroit me semblait désert, voilà que peu à peu se révèle une infinité de petits habitants. De fines demoiselles perlées de rosée, mais aussi des diptères, coléoptères, araignées, sauterelles immatures…

macro libellule

Je commence à les suivre des yeux, puis de l’objectif. Mon univers s’agrandit, riche de toute cette vie. Je poursuis cette lente exploration au rythme du coucou. Comme une phase initiatique. Qui soudain me laisse entrevoir une exuvie toute fraîche ! Et juste en dessous, suspendue avec peine, encore translucide, une libellule émergente ! Enfin, elle est là. Toute proche. Comment ai-je pu ne pas la voir plus tôt ?

Je respire profondément. Je me positionne, prête à assister à l’ultime métamorphose. Mais ça, c’est une autre histoire… A suivre ! 

Clic sur les photos pour agrandir ! 

Stages photo macro naturehttp://www.cathy-bernot.com/stage-photo-prestations-particuliers/

stage-mai

8 commentaires sur “Prologue : en attendant les émergences…

  1. Bonjour Cathy,
    merci pour cette belle relation de ta sortie photo ! J’ai beaucoup aimé ta façon de raconter, elle est si imagée et bien décrite que l’on pourrait s’y croire sur place à tes côtés 🙂 et aussi que tu nous dise comment tu procèdes pour l’approche de tous ces insectes. Tes photos sont toujours aussi belles, personnellement j’apprécie comme tu les photographies c’est-à-dire avec le contexte environnemental, plus proxi que macro pure.
    Puis-je te demander quel objectif tu utilisais pour cette sortie ? J’imagine que ce n’était pas un 100mm macro mais plutôt une plus longue focale, ai-je raison ?
    En te souhaitant un beau week-end, je lirai avec plaisir la suite de ton reportage sur les émergences.
    Cordialement !
    Gérard

    1. Bonjour Gérard,
      Oh, merci pour ce petit mot ! 🙂
      Côté matériel, je n’utilise pas une si longue focale : un 150 macro avec un capteur plein format, ce qui équivaut à un 100 mm avec un capteur APS-C.
      Une focale pas trop longue permet de travailler à main levée et est + lumineuse, donc pas besoin de trop monter en ISO. Quant au flou, comme je l’explique en stage, il est surtout le fruit du choix soigneux de l’arrière plan et du premier plan, qui seront situés en dehors de la zone de netteté.
      En espérant que ces infos répondront à tes questions 😉
      Bonne fin de journée
      Cathy

      1. Merci Cathy pour ta réponse ! Donc un 300mm sur APS-C serait trop délicat à gérer à main levée si je t’ai bien compris malgré que l’approche serait plus lointaine et le flou d’arrière-plan de bonne qualité. Le problème serait donc le flou de bougé (sans trépied)?
        Cordialement !
        G

        1. Oui, c’est ça !
          En général, en photo, ce que l’on gagne quelque part (la qualité du flou ici), on le perd ailleurs : avec une longue focale, + de risques de bouger, surtout qu’en ambiance pas trop lumineuse (ombre diffuse ici), on sera à vitesse assez limite. Sans compter l’obligation de monter en iso, donc image moins propre en plein écran.
          En fait, tout dépend du type de sujet (longue focale + facile sur des sujets fixes que sur des sujets qui bougent !) et de chacun. Certains ne jurent que par la macro sur pied. Perso, j’aime avant tout voyager le plus léger possible, pour conserver une grande liberté de cadrage et de compo. Et puis, un trépied dans la vase ou dans les ronces, ça n’est pas toujours très cool !…
          Je trouve le couple 105 mm / APS-C ou 150 mm / ff très polyvalent : un bon compromis tant pour le flou que pour la luminosité et l’approche de sujets craintifs (enfin, pour les libs ou papillons, ils sont quand même + tranquilles le matin ou le soir 😉 )

  2. Tu sais bien faire partager ta passion de la photo .En te lisant on a l’impression d’y être !
    Moi j’ai découvert un endroit magique avec des libellules plutôt rare dans le Maine et Loire . Des Leucorrhine à front blanc , des Aeschene isocéle et un sympetrum noir … il y en a plein d’autre ! Etang de Joreau Vu quelques émergence ! Malheureusement pour moi De la pluie encore de la pluie ..; fait quelques photos Bof , Bof vent pluie et condensation font des photos par très sympas . J’attends un beau de beau temps et espère y faire quelques belles photos.
    A bientôt
    Didier

    1. Bonjour Didier,
      Oh, les noms de tes libs font rêver !! 🙂
      Oui, la plupart des photos d’émergences sont + naturalistes qu’autre chose. Il faut dire qu’elles émergent souvent à l’ombre bien cachées dans un fouillis de végétation ;). C’est l’école de la patience et de l’acceptation 😉

  3. Tres belles photos, écrits vivants, poétiques, sympatiques. Je me suis permis de partager sur G+.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *