Photo minimaliste, jusqu’où aller?

Cathédrale sylvestre

J’ai toujours pratiqué une photographie par retrait. Le monde est un paquet d’argile que je creuse, jusqu’à en découvrir les lignes directrices. Je m’efforce d’estomper tout ce qui n’est pas nécessaire, en le plaçant hors cadre ou dans le flou. Le premier flou que j’ai exploré a été le flou lié à une faible profondeur de champ, et tout le travail sur le bokeh qui va avec. Puis, tout naturellement, j’ai eu envie besoin d’aller plus loin dans l’épure. J’ai filé 😉 du côté du flou de mouvement. Pour l’instant, j’expérimente surtout le mouvement que je crée moi-même (je bouge l’appareil), et non pas la photo de sujets eux-mêmes en mouvement. Tout ça sans négliger le principal: la lumière, qui demeure peut-être au final encore et toujours mon vrai sujet?

A travailler le flou de mouvement, j’en viens tout naturellement à rechercher la pureté du geste, à la manière d’un calligraphe: l’amplitude, la dynamique, la précision… Un instant suspendu durant lequel le corps, l’oeil, l’APN et l’environnement ne font qu’un.

Et tout aussi naturellement, j’en arrive à créer des images épurées à l’extrême. Avec ces photos minimaliste se pose immanquablement la question: « Jusqu’où aller dans l’épure?»

Je ne suis pas sûre qu’il existe une réponse à cette question. Mais je suis sûre que j’ai besoin de me la poser. Et pour illustrer mes interrogations, quelques photos minimalistes, voire abstraites, de ces derniers jours:

 Paysage minimaliste: l’étang au coucher du soleil

Paysage minimaliste
Paysage minimaliste: l’étang

Les piliers de la hêtraie

…Ou pourquoi faudrait-il toujours filer droit?

Cathédrale sylvestre
Cathédrale sylvestre

Le dernier rayon sera rouge

Ligne solaire
Ligne solaire

J’ai réalisé cette dernière photo comme un clin d’oeil à la photo minimaliste, justement. J’étais en forêt, et l’on pouvait apercevoir entre les arbres le soleil rouge se coucher. Je me suis mise au défi de capter le tout dernier éclat de soleil rouge avant qu’il ne disparaisse, et de le déposer sur une image la plus simple possible. Je n’ai fait qu’un essai. A main levée. Histoire de voir si j’étais capable de filer droit sans pied 😉 . Au fait, que représente vraiment cette photo: mon geste? Le soleil? 

Très bonne fin de semaine à vous!

D’autres articles sur la photo filée ou la photo à l’heure bleue?

20 commentaires sur “Photo minimaliste, jusqu’où aller?

  1. Je suis sous le charme, cette épure me plait beaucoup. On sent la maîtrise du geste, le résultat est réfléchi et ne doit rien au hasard. J’ai un gros coup de cœur pour ta cathédrale Sylvestre. Oui bravo Cathy!

  2. @ Philippe: J’avais bien pensé finir par Klein ;-). Mais je me le réserve pour plus tard, un peu mieux mis à l’honneur qu’en fin d’article.

    @ Spiruline: Merci 🙂 En fait, je ne sais pas trop si c’est réfléchi. C’est préparé, mais au dernier moment, il faut lâcher prise, oublier ses intentions et agir à l’instinct. Je n’ai jamais fait de tir à l’arc, mais j’ai toujours imaginé que c’était un exercice assez proche, au niveau du corps. Je deviendrais presque addict à cette pratique ;-).

  3. Bonjour,

    Très original, très épuré dégageant une certaine douceur dans les clichés.
    J’aime beaucoup, avec une préférence pour la cathédrale sylvestre.

    Si tu continues dans ce style de photographie, j’ai hâte de voir la suite! Félicitations!

  4. Coup de coeur pour ta « cathédrale sylvestre » !
    J’aime beaucoup son côté vaguement ondulé…
    Ce n’est pas facile de faire des filés bien droits. Pour le coup, ta ligne solaire nous envoie son dernier rayon bien long.
    Tiens, en lisant les autres de coms, je me rends compte que la « cathédrale » remporte tous les suffrages !

    Biseeeeeeeeeeeeeeeeeeees de Christineeeeeeeeeeeeeeeeeee

  5. Bonjour Cathy !
    Si tu as suivi un peu mon travail de ces dernières semaines (voire mois !), tu sauras que cette recherche sur le flou de mouvement est ma quête du graal 🙂 Donc tout ce que tu dis, non seulement je le comprends, mais en plus je le ressens presque « physiquement » !
    Par nature, je suis plus portée spontanément vers le vertical, aussi tes 2 images verticales me parlent d’avantage. Mais par nature aussi, je suis portée par une sorte d’extrémisme, aussi, c’est ta dernière photo que je trouve la plus intéressante et aboutie dans la suite de ton idée.

    Bravo cathy, continues 🙂

  6. Merci à vous pour votre passage et vos petits mots. Ces photos sont inscrites dans une démarche très personnelle, toujours en ébullition, et je suis très heureuse qu’elles retiennent votre attention 🙂
    Très bonne fin de journée à vous… en attendant l’heure bleue ;-).

    @ samuel: Bienvenue et merci pour ce petit mot :-)!

    @ Christineee: Oui, décidément, j’ai l’impression que la cathédrale plait bien. Cela fait plaisir de voir que tant de monde aime que l’on ne file pas droit! 😉

    @ Laurence: Oui, nous avons une quête commune, chacune dans notre monde ;-). J’ai commencé à travailler le mouvement grâce au projet 26, il y a quelques années, qui a été pour moi l’occasion de me forcer à faire des tas de choses que je ne prenais pas vraiment le temps de faire sans « enjeu extérieur ». Tu as raison, c’est très physique, cette histoire. Et j’y retrouve enfin l’émotion que j’ai pu avoir avec un pinceau gorgé d’encre de chine, par exemple, avec tout le travail sur la lumière -qui est l’essence de la photo- en plus. La dernière est pour moi aussi celle qui incarne le mouvement, la lumière qui disparaît, et rien d’autre. Quelque chose de jusqu’au-boutiste. Comme le bleu de Klein, d’ailleurs, pour revenir au premier commentaire 🙂 !

  7. les deux dernières me plaisent beaucoup, la dernière particulièrement. On comprend tout de suite qu’il y a eu une intention maitrisée pour les réaliser, elles possèdent un équilibre dans la géométrie et les couleurs que n’a pas la première.

  8. Bonjour Cathy, belle série enchanteresse dont la dernière photo va un peu dans la continuité de ta dernière expo, j’aime beaucoup.
    Après les exercices de contorsion, te voila dans la maîtrise du geste 🙂

  9. Je ne sais pas où tu vas mais je suis tout prêt à te suivre sur cette voie.
    C’est très créatif. Tu explores et le résultat est saisissant. J’ai du mal à faire un choix car les trois photos sont très différentes et chacune a son charme. On voit d’ailleurs que tu fais des choses très variées à partir de contraintes et de conditions difficiles. La première est un relecture du classique coucher de soleil, les deux autres sont une « mise à l’essentiel » de paysages, tendant à prouver que le non-figuratif en dit souvent beaucoup sur la réalité. C’est magnifique.
    Continue à nous éveiller les neurones avec ton œil d’artiste.

  10. Bonne question (merci de l’avoir posée…).
    Il fut un temps, je ne faisais presque que de la photo minimaliste. Un détail, une texture, explorer le tout petit, montrer ce que l’on ne voit pas forcément.
    Mais ces derniers temps, je préfère les photos d’atmosphères, peut-être plus compliquées à réaliser… (je trouve, mais c’est mon avis après tant d’années d’exploration, que ça devient trop « facile », même si ça reste beau)
    En attendant, ta série est de toute beauté.

  11. Un grand merci à tous pour vos réactions. J’aime beaucoup ma dernière photo, mais je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle reçoive si bon accueil, surtout en version light (petit format compressé et affichage web).

    @ Olivier: Oui, c’est vraiment la suite logique (et chronologique), déjà plus ou moins en marche depuis un moment. Pour tout dire, j’avais hâte d’achever ma série « Lumière rouge », pour passer au bleu et aux filés de façon un peu plus systématique.

    @ Marie: Oui, je fonctionne aussi par périodes, et aller et retour entre « le rien » et « le tout ». Et en photo macro nature + classique, j’ai justement tendance à revenir moi aussi vers des scènes un peu plus complexes, justement ;-): le papillon isolé sur fond uni, ça commence à ne plus trop m’amuser. Ici, la photo minimaliste n’est pas vraiment le but mais la conséquence d’un travail sur le geste. C’est ça, mon moteur en ce moment: dans quelle mesure une photo du type de la dernière figure-t-elle un sujet extérieur (un rayon de soleil) ou représente-t-elle au contraire le photographe lui-même, dans sa gestuelle?

  12. Bonjour Cathy, je viens de faire le tour de ton blogue, je suis éblouies par tes photos. Wow! Celles des champignons me fascinent, j’ai (presque) hâte à l’automne pour pouvoir photographier ces spécimens. C’est grâce à Spiruline que j’ai découvert ton univers et j’en suis reconnaissante. J’ai entrepris un défi minimaliste et suite à mon billet, elle est venue déposer un commentaire mettant en lien ce billet. Quelle joie de te découvrir!

    Je reviendrai, c’est certain! 🙂

  13. Bonsoir Cathy,

    « Paysage minimaliste: l’étang » me plaît bien du fait qu’il est minimaliste tout en suggérant fortement un paysage naturaliste au demeurant fort réussi. Pour les suivante, pas moyen de me raccrocher à quelque-chose de connu ; ce qui me dérange un tantinet.

  14. @ Anne: Bienvenue et merci pour ton enthousiasme qui fait chaud au coeur 🙂
    Les macros de champignon et moi, c’est une longue histoire d’amour. Mais comme tu le laisses entendre, on n’est pas trop pressé de les retrouver. Place au printemps!

    @ Raf: Merci pour ton témoignage. Tu as raison: la première est beaucoup plus figurative que les deux suivantes et je comprends que s’éloigner de la fonction « représentation du réel » en photo (et en photo nature en particulier) laisse perplexe.

  15. Voilà un petit moment que je te suis Cathy, et je suis toujours émerveillée devant tes images. Dès que j’ai commencé la photo j’ai tout de suite été attirée par le flou, sa douceur, son modelé… J’aime beaucoup ton cheminement vers l’abstraction, je m’y frotte aussi de temps en temps !
    J’aime beaucoup la cathédrale sylvestre mais j’ai un coup de cœur pour le dernier rayon de soleil. Superbe !

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